Il n'est pas rare de voir les grands musées consacrer des rétrospectives à des réalisateurs, mais cela se limite souvent à la diffusion de cycles ou à des hommages divers, en marge de telle ou telle exposition. Le parti-pris du Centre Pompidou avec l'exposition "Hitchcock et l'art : coïncidences fatales" est résolument novateur : il consiste à établir des parallèles (ces coïncidences fatales) entre l'oeuvre du maître du suspense et les autres formes d'art. 200 oeuvres d'art du 19e siècle à nos jours (peintures, gravures, dessins, livres ou sculptures) côtoient ainsi 300 photos de tournage, affiches, story-boards, maquettes de dessins, ainsi qu'une quarantaine d'extraits de films.
Cette mise en perspective, parfois mise en abîme, des "objets"- Hitchcock avec les oeuvres qui ont pu l'inspirer, n'a pas été du goût de tous. Certains historiens ou musées ont exprimé leur réticence, peu enclins à accepter que des cinéastes tels qu'Eisenstein, Lang ou Hitchcock soient créateurs d'un univers visuel aussi cohérent que celui de Picasso ou de Matisse.
Après avoir été présentée à Montréal avec succès pendant plus de cinqmois, l'exposition montée par Guy Cogeval, directeur du Musée des Beaux-Arts de Montréal, et Dominique Païni, directeur du département du développement culturel au Centre Pompidou, arrive enfin à Paris. Elle devrait combler les cinéphiles et les amateurs d'art à la fois, par sa scénographie inventive, qui fait fi de la chronologie au profit d'une thématique forte : fétichisme, formes, onirisme, inquiétudes...
Expostion-promenade, exposition-rêverie
Le visiteur est accueili par une spirale tournoyante projetée sur un mur, évocation du travail accompli par l'illustrateur Saul Bass sur Vertigo. La première salle nous plonge de plain-pied dans l'univers fétichiste d'Hitchcock. Les objets-clefs des films majeurs sont présentés chacun sur un écrin dans une vitrine : le télé-objectif de Fenêtre sur cour, le sac à main de Marnie, le verre de lait de Soupçons, le bijou de Carlotta Valdès dans Vertigo, le briquet de L'Inconnu du Nord-Express... Fameux briquet qui fit écrire à Jean-Luc Godard : "Peut-être que dix mille peronnes n'ont pas oublié la pomme de Cézanne, mais c'est un milliard de spectateurs qui se souviendront du briquet de L'Inconnu du Nord-Express". Le visiteur-spectateur est assailli par la réminiscence des films, symbolisés par les objets présentés. Comme le souligne Dominique Païni, cette exposition fait appel à la mémoire du spectateur qui se prête au jeu du "je me souviens..."
Les origines