Aïcha, une gitane en exil

Aïcha était à l'affiche du "Temps des gitans" d'Emir Kusturica. Aujourd'hui, elle demande asile à la France.

Depuis plus de dix jours, Aïcha a quitté le Monténégro. Elle a alors subi le sort de milliers de ressortissants de l'ex-Yougoslavie qui ont fui leur pays via l'Albanie et le port de Vlora, les conditions inhumaines de la traversée en bateau pour rejoindre Brindisi en Italie, d'où elle a gagné Lyon en camion. Cette Rom, âgée de 59 ans, a fait une demande d'asile à la préfecture du Rhône car elle dit être persécutée par la Mafia. "J'ai donné tout mon argent enespérant qu'ils me laisseraient en paix", explique-t-elle.

Il y a 12 ans, Aïcha était déjà venue en France. Elle gravissait alors les marches du Palais des festivals à Cannes : elle était Baba, la grand-mère du film d'Emir Kusturica, Le Temps des gitans qui a obtenu le Prix de la mise en scène. Sur ses photos écornées par le temps et un long voyage, on l'aperçoit à un dîner officiel avec le réalisateur bosniaque et Gilles Jacob, directeur du Festival de Cannes. Sans amertume, Aïcha, met la main sur son coeur, pour exprimer sa reconnaissance envers les "gentilles" personnes qu'elle a rencontrées sur la Croisette, comme cet inconnu américain qui lui avait donné sa bague.

L'actrice d'un seul réalisateur se rappelle d'Emir Kusturica, un "homme de coeur". Outre son rôle dans Le Temps des gitans, elle a également été à l'affiche de Chat noir, chat blanc en 1998. Elle n'a pas revu Kusturica depuis trois ans, mais s'il lui proposait aujourd'hui de jouer dans un autre film, elle accepterait aussitôt.

C'est en 1987 que des collaborateurs de Kusturica étaient venus chez elle au Monténégro pour lui proposer un rôle dans Le Temps des gitans. Elle l'avait alors rencontré pour la première fois à Skopje en Macédoine, la même année.

M-C.H. avec AFP

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