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    La Mostra et l'Histoire
    29 août 2002 à 10:20
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    La 59e édition de la Mostra de Venise a lieu du 29 août au 8 septembre. Retour sur l'histoire du plus vieux Festival international de cinéma...





    La Mostra de Venise, qui se tient du 29 août au 8 septembre, inaugure cette année un nouveau président (Mortiz de Hadeln), un nouveau prix (le prix San Marco) et une nouvelle orientation avec une sélection plus "grand public" (voir notre article ) avec en ouverture le film Frida Kahlo de Julie Taymor, porté par un prestigieux casting (Salma Hayek, Alfred Molina, Geoffrey Rush, Ashley Judd, Antonio Banderas et Edward Norton).

    Certes ces changements sont le signe d'une volonté de renouer avec une splendeur passée, car le Festival a quelque peu perdu de son attractivité envers les stars et les médias. Mais l'erreur serait de croire à un âge d'or de la Mostra car son histoire n'est en fait qu'une perpétuelle mutation.

    Naissance de la Mostra

    C'est en 1932 que le sculpteur Antonio Mariani a l'idée de greffer une section cinéma à la Biennale d'Art de Venise. Le Conte Volpi, président de la Biennale, charge alors Luciano de Feo d'organiser la première Exposition internationale d'art cinématographique sur le modèle de l'American Film Festival. Le Lido, île mythique échouée dans la lagune vénitienne, accueille la Mostra soutenue par le pouvoir fasciste en place depuis 1922, à qui elle sert de vitrine prestigieuse.

    Venise et les fascistes

    La compétition de films n'est inaugurée que pour la deuxième édition en 1934. Dix-sept pays y participent et le public se rue sur des longs métrages en complète opposition avec les préceptes de Mussolini. Le Vatican s'offusque aussi de scènes dénudées visibles par exemple dans Extase de Gustav Machaty. Le bras de fer est alors engagé entre les fascistes et les organisateurs du Festival, celui-ci étant devenu le seul espace de liberté transalpin. La manifestation acquiert cependant une certaine autonomie vis à vis de la Biennale et devient annuelle.

    Mais les pressions du pouvoir et celles du Pape Pie XI, rallié à Mussolini, vont se faire de plus en plus fortes. Greta Garbo est bannie de Venise pour avoir critiqué le régime, et Goebbels est reçu avec tous les honneurs à l'occasion de la projection du film Le Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl. Le couronnement de La Grande Illusion de Jean Renoir en 1937 provoque la fureur des autorités allemandes et italiennes. En 1938, lorsque Les Dieux du stade de Leni Riefenstahl obtient le Prix du film étranger, la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis désavouent le Festival.

    La Mostra a tout de même lieu en août 1939 mais le Conte Volpi refuse de l'inaugurer en présence de Goebbels. Le Festival se transforme en semaine du film italo-allemand en 1940 et regroupe en 1941 et 1942 des pays sous domination nazie.

    Crises et renaissances de la Mostra

    Le Festival de Venise renaît de ses cendres en 1946. Il n'y a pas de compétition cette année-là, car au sortir de la guerre, l'heure est à la réconciliation. Mais la guerre froide va vite interférer dans le Festival, éloignant l'URSS jusqu'au dégel. De plus, le jury peine chaque année à décerner les prix : ainsi, en 1954 et 1955, aucun prix d'interprétation féminine n'est attribué. Les palmarès perdent de leur intérêt pendant que le Festival de Cannes gagne du prestige.

    Autre crise, celle qui suit les révoltes de 1968 et qui frappe Venise comme la Croisette. Critiquée par la droite et la gauche, la Mostra devient une simple rencontre intellectuelle privée de subventions, qui survit sans compétition jusqu'en 1972. Sept ans d'interruption vont suivre, le Festival ne reprenant qu'en 1979. Le Lion d'Or est à nouveau décerné en 1980.

    Si le Festival de Venise est souvent secoué par des crises, il réussit à se démarquer en récompensant très tôt des réalisateurs du cinéma du monde, comme Karel Stekely pour Sirena en 1947. La Mostra présente également des films historiques parfois polémiques comme La Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo en 1966, qui irrite les nostalgiques de la colonisation française, ou encore Les Années de plomb, peinture au vitriol de l'Allemagne des années cinquante réalisée par Margarethe von Trotta en 1981.

    Venise a aussi ses aficionados, tel Woody Allen dont les films sont présentés quasiment chaque année dans la cité italienne, et une affection particulière pour certains cinéastes comme Eric Rohmer qui a reçu un Lion d'Or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 2001.

    La Mostra de Venise semble encore se chercher, en témoigne la refonte en 2001 de la compétition et la nomination du nouveau directeur Moritz de Hadeln cette année. Et la politique continue de perturber le cours du Festival : il y a peu, des cinéastes italiens redoutaient la main-mise de Berlusconi sur la manifestation. Mais la magie qui entoure la cité des Doges est toujours là...

    Amélie Charnay
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