Remarqué à Cannes, "Santosh" suit une jeune veuve qui hérite du poste de policier de son défunt mari, conformément à la loi locale au nord de l'Inde. Interprétée avec une intensité remarquable par Shahana Goswami, Santosh se retrouve confrontée à un système patriarcal et corrompu, tout en enquêtant sur le meurtre d'une jeune fille de caste inférieure. La force du film réside dans sa capacité à mêler habilement thriller et critique sociale, mais certaines sous-intrigues auraient mérité d'être davantage développées pour renforcer l'impact émotionnel.
Avec Santosh, le récit d’une femme devenue policière par héritage met en lumière les fractures sociales de l’Inde contemporaine : castes, racisme, misogynie et corruption. Ce parcours initiatique en trois actes, parsemé de quelques lenteurs, s'attache au regard de l'apprentie.
D’abord témoin des injustices, l’héroïne trouve en Sharma une mentore ambiguë. Le film, porté par une mise en scène naturaliste et des cadres inspirés du documentaire, dépasse le réalisme pour laisser entrevoir une justice rêvée.
En filigrane, Santosh explore une Inde gangrenée par les divisions religieuses, les inégalités de caste et le mépris des femmes, sans didactisme mais avec une narration fluide. La violence, omniprésente, reflète une société en quête d'équilibre mais incapable de dépasser ses antagonismes religieux, sociaux et genrés. Tandis que la figure de Sharma se complexifie, révélant les paradoxes du pouvoir et les failles d'un idéal féministe.
Sous couvert de thriller, le film interroge la justice, entre compassion et dureté, et en propose un portrait nuancé. Sans exotisation, Santosh transcende son cadre local pour offrir une réflexion universelle sur la quête d’une justice imparfaite mais essentielle.
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3,5
Publiée le 29 décembre 2024
« Il y a deux sortes d'intouchables dans ce pays : ceux que personne ne veut toucher et ceux que personne n'a le droit de toucher. » Un constat aussi terrible que lucide de la part de Sandhya Suri qui nous fait suivre le quotidien de Santosh, une gardienne de la paix. Nouvelle dans ce métier suite au décès de son mari, elle découvre une profession pleine de contradictions avec des policiers qui prennent des libertés et une définition de la justice bien différente de ce à quoi elle s'attendait. Une enquête qui sert surtout à mettre en lumière de nombreux problèmes sociopolitiques dans un film qui est avant tout destiné à un public occidental. Non pas dans le sens où c'est fait pour plaire, mais plutôt dans le sens où tout ce qui est évoqué est commun pour le cinéma local qui s'exporte moins si on ne compte pas les films de Bollywood et des différentes industries de là-bas. La réalisatrice montre plus qu'elle ne dit à l'image du personnage de Santosh souvent spectateur et à travers qui on découvre ce système pourri et cette société malade à bien des égards. En somme, un solide premier long-métrage porté par deux superbes actrices.
Il est clair que la réalisatrice s’intéresse autant à la trame policière qui mène son récit, qu’au sujet qu’il sous-tend : la cause désespérée des femmes indoues dans un pays où le système social et politique relève de l’archaïsme. Voire du moyen-âge. C’est ce qu’elle nous dévoile dans la personnalité d’une jeune policière qui n’avait aucune inclinaison pour ce genre d’activité. Mais la loi lui permettant d’hériter de la charge de son mari défunt, voici Santosh au cœur d’un système qui la malmène et la révèle à elle-même. Pot de vin, corruption, lynchage, l’institution sécuritaire, corrompue de toute part est ouvertement contestée par la population . Un véritable marigot. « Il y a deux sortes d’intouchables » dit-on à la novice policière , « ceux que l’on ne veut pas toucher et ceux qu’on a pas le droit de toucher ». Et vous voilà relégué dans les bas-fonds d’un pays à l’archaïsme dévastateur. La femme en guise de bouc émissaire dans un pays, embourbé dans ses mœurs ancestraux. On reproche ainsi au suspect d’avoir tué la jeune fille. « Tu ne pouvais pas te contenter de la violer » s’énerve le policier ! Faut-il commenter ? AVIS BONUS Un court métrage , en contre point du film. Pour en savoir plus : lheuredelasortie.com
Un film très lent dans une région de l'Inde loin du rythme trépident des grandes villes. Le personnage de Santosh m'est resté assez distant : je ne savais pas lire ce qu'elle pensait, ce qu'elle ressentait. Le personnage de sa cheffe, en revanche, m'a été plus lisible. La scène de torture est un moment difficile. Je suis ressortie toutefois déçue de ne pas voir pu lire ce personnage.
Un peu longue démonstration de la corruption dans la police indienne et des états d’âme subséquents d’une agent novice mais que sa conscience pousse à quitter la force
Le 20 mai 2024 l’équipe indienne du film Santosh montait les marches du festival de Cannes dans le cadre de la sélection Un Certain Regard pour la première diffusion mondiale. Les critiques ont été enthousiastes et élogieuses, le public conquis. Sa sortie nationale en ce mois de juillet va nous permettre de découvrir cette réalisatrice indépendante indienne qui pour son premier film n’a pas eu froid aux yeux, quitte à se mettre à dos la classe dirigeante indienne. Car sous sa forme de film policier noir, Santosh est une fresque sans concessions de la société contemporaine indienne. En effet, outre le fait d’être un polar captivant jusqu’à la dernière image, le film de Sandhya Suri est une puissante œuvre féministe. L’actrice principale incarne avec finesse une femme veuve qui intègre les services de police et va être confrontée à toutes les inégalités, toutes les injustices, toutes les compromissions qui gangrènent la société indienne et typiquement les discriminations et les violences envers les femmes. Santosh est beau dans sa forme particulièrement soignée, les éclairages naturels sont réellement splendides. Mais il est très âpre sur le fond, il ne cherche nullement à protéger le spectateur. Tous les dysfonctionnements de la société indienne sont étalés devant l’écran, avec leurs conséquences lourdes, et parfois violentes, en matière d’exclusion et d’injustices de classes, de castes et de religions. Il n’y a aucun manichéisme dans le propos de la réalisatrice, ce qui renforce la puissance et l’universalité de son film. Elle y dépeint avec talent et justesse tous les travers de la société en incluant les protagonistes eux-mêmes dans ce tourbillon malsain et non en en faisant un phénomène extérieur qu’ils tenteraient de combattre. Chapeau !
Une production internationale pour un film fort intéressant, totalement braqué sur l'Inde. Les grandes problématiques qui traversent le pays - traitement des femmes, corruption, discriminations, pouvoir policier... - y sont traitées avec précision et complexité. Les personnages, qui permettent de rentrer dans les méandres, sont bien campés, précis et complexes eux aussi. Un scénario rythmé et bien écrit. Quelques longueurs auraient pu être évitées et certaines scènes très insistantes me semblent nuire à la subtilité du propos.
Très bon film qui dénonce et auquel je ne trouve rien à redire sinon un excès de sobriété peut-être. La parole est aux femmes indiennes réalisatrices et c'est bien comme ça.
Inde, de nos jours. Santosh est une jeune femme qui vient de perdre son mari dans des circonstances tragiques. L’État lui propose alors, au titre d’un recrutement dit « compassionnel » qu’elle devienne policière, comme son mari. À partir de cette trame passionnante, Sandhya Suri, réalisatrice britannique d’origine indienne, nous offre un premier long-métrage de fiction au vitriol sur l’Inde contemporaine. Corruption généralisée, défaillance de la justice, méthodes épouvantables employées par la police, maintien de facto du système des castes, discrimination envers la population musulmane… tout y passe dans ce film intelligent et nécessaire, parfois un peu trop long, qui offre aussi à ses actrices l’occasion d’exprimer tout leur talent.
dépaysement garanti avec cette immersion dans l’Inde contemporaine ; quelques longueurs mais on est pris dans l’intrigue. La scène de tortures est assez terrible.
Le film est remarquable, l'actrice exelente, le scénario nous permet d'entrevoir différents aspects de la société indienne : le sexisme, l'islamophobie, les violences policières. Certains plans de caméra sont originaux. Une réussite.
Ce film ne raconte pas seulement la condition des femmes et des Dalits (intouchables) en Inde. C'est aussi un très bon film policier au dénouement inattendu. L'enquête sur la disparition d'une jeune Dalit, d'abord délaissée par la police, puis prise en main par une femme policier, qui a hérité son poste, de son mari tué au cours d'émeutes urbaines.