Rendre l'incroyable à nouveau incroyable sur un écran de cinéma. Il n'y avait qu'un magicien comme Steven Spielberg pour faire ça.
Tel ce catcheur étrillé par son adversaire aux quatre coins d'un ring que le film nous présente en vue subjective dès son premier plan (le genre de show où l'on demande d'ailleurs sciemment au spectateur d'en éluder les artifices pour apprécier le spectacle délivré... tiens, tiens), Spielberg nous projette directement au coeur de l'intrigue de son "Disclosure Day", déjà lancée avant que notre regard y soit mêlé, lors d'une phase tendue d'échange entre un employé en fuite (Josh O'Connor )avec sa petite amie (Eve Hewson) et son supérieur (Colin Firth) accompagné de ses sbires.
À l'instar du protagoniste féminin laissée dans le brouillard face à la situation, les tenants et aboutissants du roller coaster d'espionnage en train de se dessiner nous sont encore inconnus mais ses contours s'esquissent sans cesse pour signifier l'importance capitale des enjeux qui pèsent sur les frêles épaules de son héros, un Atlas des temps modernes capable de bouleverser la planète par le cri de la vérité qu'il détient, et les moyens mis en oeuvre par son ex-employeur au sein d'une organisation à la puissance quasiment omnisciente.
En parallèle, une présentatrice météo d'une chaîne locale (Emily Blunt) voit d'étonnantes capacités d'empathie et de connaissances se "réveiller" en elle, la rapprochant irrémédiablement de la destinée du couple en cavale.
Dans un contexte de Terre sur le point de basculer dans une Troisième Guerre Mondiale imminente (et donc aux fortes résonances actuelles), Spielberg place au centre de ce jeu du chat et de la souris entre la venue soudaine de l'extraordinaire représentée par ses émissaires humains et ceux qui cherchent à l'étouffer à tout prix (aussi bien par desseins personnels que par crainte d'une population inapte à embrasser une telle inconnue) sa marotte alien qu'on lui connaît si bien à travers plusieurs incontournables SF de sa filmographie mais en fait ici, par la simple évocation bienveillante qui s'en dégage, un possible élément de solution ultime à tous les maux bel et bien humains dans laquelle notre planète s'enlise.
Sans éluder les questions philosophiques inhérents au flambeau de vérité détenu par ses héros (notamment un rapport forcément redessiné vis-à-vis de la religion), le film nous fait d'abord le plus souvent voir la manière dont un petit nombre a détourné vers la noirceur ce qui aurait pu être uniquement lumière, avec l'utilisation d'une technologie à des fins néfastes (on pense bien sûr à cette géniale phase de "possession" où la déshumanisation de l'autre devient littérale) et la cruauté à son état hélas le plus pur, pour ensuite la laisser se faire peu à peu submerger par l'éclat irradiant de la bonté véhiculé par ses manifestations brutes, dont Spielberg se saisit pour en faire des séquences comme placées en apesanteur de notre réalité, avec ce sens du merveilleux innocent (mais jamais naïf) et indissociable de sa magie de conteur décidément toujours aussi vive.
Appuyé par sa maestria technique, son sens du divertissement qui n'oublie jamais de faire écho à l'intime et sa sincère force de conviction en son récit, ce va-et-vient constant entre les mains d'antagonistes obligés de reculer face à des baguettes/bâtons magiques aux multiples pouvoirs, à une imagerie de conte de fée et d'incarnations prophétiques révélatrices de destins hors-normes et, finalement, à ce que tout ces symptômes recouvrent: le regard rêveur d'humains tourné vers les étoiles dans l'espoir d'y trouver autre chose, "Disclosure Day" nous emporte dans ce monde devenu aisément nôtre au-delà des artifices du cinéma et où, bien entendu, son titre va prendre tout son sens lors d'un des climax les plus saisissants de l'année.
Les vingt dernières minutes du film font en effet office d'une déflagration émotionnelle incommensurable, nous figeant dans le simple rôle de fourmis que nous sommes devant la porte laissée ouverte par des réponses tant espérées que redoutées enfin apportées sur une des plus grandes interrogations de l'Histoire. Vingt minutes où "Disclosure Day" nous foudroie par la force des images, point de non-retour pour tous vers une existence qui ne pourra plus jamais être la même et qui nous place dans le même état de fascination/désarroi que certains de ses protagonistes terrassés par ses multiples ondes de choc (mention spéciale à une certaine présentatrice TV).
Là où il y a encore quelques secondes avait lieu le théâtre de nos vaines querelles humaines menaçant de tous nous emporter, quelqu'un est venu y apporter une vérité bien plus grande et susceptible de tout stopper en commençant par un seul mot: "Listen...".
Que ce soit la traduction d'une voix venue des confins de l'espace ou celle de Steven Spielberg elle-même, il est clair que "Disclosure Day" donne envie de toujours et encore l'écouter à part de celles des autres.