1. Spielberg sait faire du cinéma...
2. ... mais son film est trop long...
3... surtout pour un propos mince...
4. et parfois peu crédible...
1. Belle cinématographie. Tout est bien. Chaque scène est hyper maîtrisée.
On est pris par un certain mystère et des scènes qui nous apparaissent comme de la magie
mais sont le fait d'une technologie et de capacités extraterrestres
. Belle tension finale.
La musique de John Williams déçoit. Elle parait lourde, envahissante et redondante par rapport aux images. Aucune mélodie ne se détache de cette bouillie sonore.
Les acteurs sont top, surtout les deux actrices principales, Eve Hewsen et Emily Blunt.
2. Ce thriller sur fond de film d'extraterrestres est une longue course poursuite. Beaucoup trop longue. J'ai fini par m'ennuyer et je n'aurais jamais pensé m'ennuyer devant un film de Spielberg. J'ai vu le film au cinéma dans d'excellentes conditions générales.
3. Disclosure day est un film adulte pour adultes. Les éléments montrés se veulent rationnels. Le public est invité à y croire. Dans une interview sur imdb, Emily Blunt, Colman Domingo, Josh O'Connor et Stephen Spielberg se montrent très ouverts, voire adeptes de la théorie de l'existence des extra-terrestres. Spielberg en est à son 3e film sur la question.
Le message du film est le suivant :
les extraterrestres existent et viennent nous voir et nous contactent depuis des décennies ; cette réalité est connue du gouvernement américain qui le cache ; le peuple a le droit de savoir ; il ne faut pas avoir peur de l'inconnu ; les extraterrestres sont amicaux et pacifiques, l'humanité doit le devenir aussi et l'est déjà sans le savoir car l'empathie est en fait l'élément évolutif le plus important.
Intrigante est la place de la religion catholique, et seulement elle, dans l'histoire.
Jane, l'un des deux personnages féminins principaux, est une ex-presque religieuse et a gardé sa foi. Elle s'appuie beaucoup sur l'avis de Sœur Maura, religieuse de son ancien couvent. Or, celle-ci ne voit aucun obstacle théologique à l'existence d'extraterrestres, car « La Genèse dit que l'homme occupe une place particulière sur Terre, mais elle ne dit pas que Dieu n'a créé aucune autre forme de vie intelligente ailleurs dans l'univers. » On dirait que Spielberg s'adresse là en particulier au public américain religieux, et parmi eux, aux chrétiens littéralistes qui sont nombreux,
et qu'il cherche à les convaincre.
4. Spielberg montre notamment des images
qui circulent depuis des décennies, en particulier concernant la fameuse affaire de Roswell de 1947, déjà largement exploitée par l'industrie du divertissement, la TV, (série X Files par exemple -- "La vérité est ailleurs"), la presse, l'édition. Elles agitent les communautés d'ufologues sur tous les réseaux qui opèrent dans la veine
"on nous cache des choses". J'espère pour son intégrité morale que Spielberg est sincère et ne se contente pas d'exploiter un bon filon commercial. Dans le cas contraire, il serait responsable de l'accroissement de la sphère de l'affabulation.
Pour ma part, j'estime que si les extraterrestres étaient aussi forts
qu'ils semblent l'être dans ce film,
cela fait longtemps qu'on serait tous au courant qu'ils existent.
La scène finale de
révélation
, bien que très bien menée, m'a paru artificielle et pas crédible.
La
"contactée" Margaret,
dont le métier est d'être madame météo sur une chaîne de TV locale de Kansas city,
fait irruption avec ses amis dans les locaux de la télévision et persuade le chef d'édition de tout arrêter et de la mettre à l'antenne. Il obéit car il est subjugué par un pouvoir qui lui échappe. OK. L'édition spéciale commence, vidéos preuves à la clé. Le deuxième "contacté", Daniel Kellner, donne l'ordre à un employé de la chaine d'informer la maison mère à New York de regarder le direct du Kansas. Ebahis par ce qu'ils voient, les journalistes de NY interrompent leur propre programme et se mettent à l'heure du Kansas. Puis la contagion devient américaine et mondiale, tout ça instantanément.
Bien que très critique vis-à-vis de beaucoup de ce qu'on appelle le journaliste et les journalistes, je crois qu'un minimum de précaution serait pris avant de diffuser le programme. Certes, Spielberg donne de bons arguments en faveur de la diffusion : argument commercial "si on ne le diffuse pas, d'autres le feront" et "oui, on a vérifié, ce n'est pas de l'IA". Ça c'est vite dit, les informaticiens travaillent justement aujourd'hui à des méthodes d'identification de modification des images. C'est compliqué et ça ne se fait pas en 15 secondes, dans le feu de la diffusion. Et puis l'IA n'est pas la seule façon de trafiquer ou de créer des images. Bref, ce n'est pas crédible.
D'un point de vue psychologique, ça ne l'est pas non plus. Que les foules ignorantes
soient prises par la révélation, d'accord,
mais que la présentatrice de la TV de NY soit
au bord de l'effondrement émotionnel tant la révélation
est énorme, non.