Les Graines du figuier sauvage
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COCORICO
COCORICO

6 abonnés 58 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 17 octobre 2024
Deux films en un. Une première grosse partie fort réussie, qui nous dresse le portrait d'une famille bourgeoise dont le père vient d'être nommé juge, sur fond d'évènements de révoltes de la jeunesse et des femmes en 2022. Très bien documenté et captivant. Puis vient un "fait divers" qui fait virer le film dans une sorte de thriller avec courses poursuites et fin grotesque. C'est dommage, on a bien compris qu'elle se voulait symbolique, mais cette dernière partie dessert l'ensemble du film.
OzDeniro
OzDeniro

3 abonnés 35 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 17 octobre 2024
Bon film

mais il me manque certaines choses pour le faire passer dans la catégorie de "grand film"

en terme de proposition de cinéma, visuellement, le film pêche pour ma part dans sa première moitié
On est face a un quasi huis clos qui manque de rythme. L'episode de l'amie qui revient défigurée m'a laissé croire à un changement de tempo, notamment visuel, mais retombe dans ses travers de lenteur dans un espace clos. Puis l'épisode du pistolet finit par faire passer le film dans une autre dimension

Via le conflit familial, le réal en fait un miroir de la société iranienne, tiraillée entre le patriarcat traditionnel et religieux proche du régime et la jeunesse féministe désireuse de changement. Le père, montré de manière nuancée non pas comme un horrible bourreau mais comme un personnage humain, pion dans un système pris dans un engrenage, s'oppose à ses filles représentantes la liberté.

2 choses sont symboliques d'une lueurs d'espoir : Sana qui prend les armes contre son père, contre la société patriarcale, symbolique de ce que doit faire la jeunesse i.e. prendre les choses en main. Et un dialogue furtif entre le père et la mère, celle ci disant " parle avec tes filles, prend le temps de les connaître"

Pour moi le coeur du film se résume sur ces 2 symboles. Pour sortir de ce marasme un changement radicial doit s'opérer dans les différentes couches de la société : Aux jeunes de se révolter quitte à recourir a la violence. Et aux pères de comprendre leurs filles et de ne pas les résumer à des objets bons à marier et à se voiler. Vision occidentale de l'émancipation féminine.

Le film finit par une prise de position sans équivoque, il faut tuer le père, enfin, la figure patriarcale. Scène finale suivie d'images d'archives de femmes célébrant les révoltes populaires. Clairement Rasoulof prend parti, quitte à flirter avec l'apologie de la violence, pour cette jeunesse iranienne qui se prend de plus en plus en main.

Donc petit bémol sur le manque d'ambition en terme de mise en scène sur la première partie du film, mais qui peut se comprendre dans la symbolique du concept de changement sociétal passant par le cadre privé et familial, avant même de s'étendre au cercle social et institutionnel.
FaRem

10 617 abonnés 11 767 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 octobre 2024
spoiler: « Je ne me sens pas en sécurité dans ma propre maison. » Cette phrase, prononcée par la personne dont on s'attend le moins parmi les membres de cette famille, en dit long sur la situation dans laquelle ils se trouvent. Ce sentiment d'insécurité est partagé à la fois nationalement et dans ce foyer qui est donc gagné par la crise connue par le pays.
Mohammad Rasoulof nous place en plein cœur de la situation brûlante traversée par l'Iran spoiler: suite à la mort de Mahsa Amini.
Avec Iman, qui est en première ligne après avoir été nommé juge d'instruction, c'est toute sa famille qui est en première ligne. Manipulation des médias, oppression des femmes, brutalité policière, émancipation et remise en question d'un statu quo bien ancré, spoiler: le foyer est scindé en deux au point que tout le monde devient paranoïaque.
Le réalisateur nous fait donc vivre cette crise de l'intérieur après l'avoir suivi de l'extérieur. Une situation tendue comme si chacun était prisonnier de quelque chose que ce soit d'un système, d'un confort ou d'un principe. De près de trois heures, "Danaye anjir-e moabad" n'est pas statique et passe du huis clos domestique claustrophobe au thriller politique de manière convaincante même si tout n'est pas réussi. Par exemple, je trouve que tout ce qui touche à l'arme va trop loin même spoiler: si la course-poursuite pour sortir de la maison donne une séquence très intense.
Pour le coup, la dernière partie est moins ancrée dans la réalité. Une fausse note finale qui n'enlève rien à la qualité narrative et cinématographique de ce bon film.
Enrico
Enrico

3 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 16 octobre 2024
Femme vie liberté ! Film politique haletant par l’immense Mohammad Rasoulof qui n’a eu de cesse de s’opposer à un régime violent en 7 films. Ici à la fin c’est la jeunesse qui gagne et c’est l’espoir de tout un peuple que porte à l’écran Rasoulof dans ces Graines du figuier sauvage. Ne ratez pas ce moment de cinéma exceptionnel !
Franklin
Franklin

6 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 16 octobre 2024
une thématique prometteuse, un film au final assez insipide qui tourne meme au grotesque dans la derniere heure. Un rythme beaucoup trop lent, et facilement une heure de trop, les 2h48 se font très très longues. Le public applaudit en fin de séance, incompréhensible hormis pour soutenir la cause des jeunes qui ont osé se soulever..
Francois Roux01
Francois Roux01

2 abonnés 38 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 16 octobre 2024
Très bon film. On m'avait dit qu'il était "long" mais je ne me suis pas ennuyé une minute.
Quand on pense qu'il a été tourné dans la clandestinité !
On comprend mal la mansuétude dont font preuve les organisations féministes vis à vis du régime des mollahs. Antiracisme mal placé ? Antiaméricanisme ? En tout cas un film à voir par ceux qui nous racontent que le voile est un symbole de liberté.
Les personnages sont bien croqués, en finesse, surtout la mère écartelée entre les avantages matériels retirés de la position de son mari, la soumission aux traditions machistes et patriarcales, la religion, et ce qui va s'avérer le plus fort, c'est à dire son amour pour ses filles.
Nalin Rastogi
Nalin Rastogi

5 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 16 octobre 2024
Les graines de figuier sauvage est un film qui ne laisse personne indifférent. Tourné clandestinement en Iran dans des conditions incroyablement dangereuses, il offre un regard poignant sur la condition des femmes dans une société où leur liberté est réprimée par un régime oppressif. Dès les premières images, on est happé par la puissance du récit, qui fait écho aux événements tragiques qui ont suivi la mort de Masha Amini, marquant un tournant dans la lutte pour la liberté en Iran.
Ce qui rend ce film particulièrement bouleversant, c’est la façon dont il capte le courage inébranlable des femmes qui luttent pour leur droit de vivre et de s’exprimer librement, malgré une répression implacable. Le fait que les actrices et le cinéaste aient dû fuir leur pays, et que certaines d'entre elles n'ont toujours pas pu s'échapper, ajoute une dimension tragique à l'ensemble. On ressent tout au long du film le poids de l'oppression et l'urgence de cette quête de liberté, qu'il s'agisse du droit de s’habiller, de s’exprimer ou tout simplement d’exister en tant qu’individu dans une société dominée par une idéologie patriarcale.
Même si le film est long et empreint de tristesse, il est impossible de détourner le regard. Il nous force à affronter une réalité douloureuse et à réfléchir sur la situation non seulement des femmes iraniennes, mais aussi de toutes celles qui, à travers le monde, continuent de souffrir sous des régimes répressifs. Ce film est un appel à la solidarité, un cri du cœur qui mérite d'être entendu par tous.
Les graines de figuier sauvage est plus qu’un film, c’est un témoignage, un acte de résistance artistique qui nous rappelle l'importance de soutenir les luttes pour la liberté, où qu'elles aient lieu.
Fiers R.
Fiers R.

210 abonnés 928 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 octobre 2024
Beaucoup de monde sur la planète cinéma n’a pas compris le fait que ce film fleuve et monumental de l’iranien Mohammad Rasoulof n’ait pas eu davantage les faveurs du jury lors du dernier Festival de Cannes. Chouchou de la presse et des festivaliers, le long-métrage n’est reparti qu’avec un Prix spécial du Jury alors que beaucoup espéraient la Palme d’or ou, dans le pire des cas, le Grand Prix du Jury. Les aléas d’un festival et des sensibilités d’un jury donné... Mais une Palme étant le plus souvent politique et engagée et la présidente du jury Greta Gerwig ayant préféré l’histoire d’amour de son compatriote Sean Baker avec « Anora », beaucoup sont restés complètement dubitatifs face à ce choix. Cependant, le succès en salles de « Les graines du figuier sauvage » prouve l’intérêt du public pour une œuvre aux abords peut-être peu engageants mais qui vous scotche néanmoins à votre siège sans jamais vous lâcher. On ne peut donc que louer la science du cinématographe de Rasoulof qui parvient à nous captiver durant près de trois heures avec un presque huis-clos très bavard et quasiment circonscrit aux quatre personnages d’une famille.

Lentement mais surement, le script va semer les graines de son engrenage minutieux et parfaitement orchestré comme suit. Un père travaillant pour le régime iranien au sein de la justice et totalement en accord avec ses dirigeants. Ses deux filles plutôt progressistes et qui soutiennent les révoltes étudiantes durement réprimées. Une amie de l’une d’elles gravement blessée lors d’une attaque des forces de l’ordre. Une mère qui fait le tampon entre son mari qu’elle soutient et ses filles qu’elle aime. Un revolver de service qui disparaît. Une configuration familiale simple et efficace qui va tourner au règlement de comptes effrayant et dont le poison des délires totalitaires du régime s’immisce sournoisement. Petit à petit, des micro évènements vont venir chambouler la dynamique familiale jusqu’au point de non-retour par la grâce d’un scénario édifiant et magistralement écrit. La charge contre le régime et ses aberrations est claire, nette, précise et d’une puissance évidente. Rasoulof, interdit de tournage dans son pays, a dû filmer une partie de son long-métrage en Allemagne sans que cela se ressente. Il ajoute également et adroitement des images de vidéos amateur prises en Iran lors des manifestations pour appuyer son propos avec réalisme et sincérité. Et celles-ci font froid dans le dos, tout comme les méthodes employées par le régime pour semer la peur et forcer les suspects à parler. Des méthodes proches de celles de la Stasi ou de la Gestapo!

Si le fond et le propos sont coulés dans un fond extrêmement politique et nécessaire, montrant avec application - sans trop forcer la charge et par la simple entremise d’une histoire simple et d’images vidéo véridiques - les agissements de la presque dictature iranienne, l’aspect thriller de « Les graines du figuier sauvage » est tout aussi remarquable. Le début met en place les pions de cet échiquier familial, creuse la psychologie des ses personnages et le contexte dans lequel ils évoluent. Des personnages incarnés par des acteurs tous aussi investis envers la cause qu’ils défendent que leur art. Et le suspense et la tension vont aller crescendo jusqu’à un épilogue qui agit comme une catharsis même s’il peut apparaître un peu poussif sur certains aspects. Il y a aussi peut-être quelques longueurs mais les presque trois heures filent à une vitesse folle et nous happent, chaque situation et échanges entre les personnages nous passionnant sans aucun doute, remettant sans cesse en jeu les enjeux. On se demande comment tout cela va se terminer et on vibre pour les victimes de la bêtise et de cet obscurantisme religieux et politique rance.

Et, en plus de cela, Rasoulof ne néglige pas ses images nous gratifiant au passage de très belles séquences où il magnifie la vie de tous les jours. On a des mains s’afférant à cuisinier avec volupté, une femme qui rase son mari en douceur dans un moment d’apaisement ou encore les plombs retirés d’une blessure qui tombent dans un lavabo au ralenti laissant couler le sang des plaies. Des images magnifiques et parfaitement intégrées au reste. Il travaille avec une économie d’effets (et de budget on suppose) mais pour un résultat proche de la perfection dans sa démonstration. « Les graines du figuier sauvage » est sans aucun doute un film important qui marquera l’histoire et le cinéma. Une œuvre qui doit être montrée dans les écoles et clandestinement en Iran car elle ne peut que faire réagir en plus de divertir. Et probablement la Palme d’or du cœur.

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Thibaud Il Capitano
Thibaud Il Capitano

12 abonnés 237 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 octobre 2024
vous regardez les trois plans initiaux du film et vous savez que vous n'êtes pas encore devant une énième bouse-française-sociale-qui-prend-des-risques-et-dénonce mais devant un excellent film iranien, jouant constamment avec de VRAIS tabous, truffé d'allégories et de métaphores, d'idées et de plans bouleversants (je repense notamment à spoiler: la scène vers la fin dans la remise, où sana tombe sur des objets désuets, d'une autre époque, d'un autre iran même, et parmi lesquelles elle se réveillera un peu plus tard, telle un mannequin délaissé)
et surtout faisant confiance à l'intelligence du spectateur.. et ça fait du bien !
des balles rebondissent en claquant sur une table : la violence couvera tout au long du film alors qu'un seul coup de feu sera tiré (hors images d'archives)
un homme arpente un long couloirs parsemé de mannequins : le film sera littéralement hanté par le régime et ses sbires
l'homme roule sur une route dotée de très longs murs, oppressante : il n'y aura pas d'échappatoire et ça sera étouffant
Bref en trois plans on sait déjà qu'on va nous proposer un spectacle sensible et sans artifices, et les presque trois heures défilent, la tension monte, souvent insoutenable jusqu'à un dernier plan encore époustouflant ( spoiler: et un régime que le réalisateur souhaite aussi voir s'effondrer
)
à noter bien évidemment les contraintes qui ont pesé sur le film et qui transpercent l'écran et le scenario : les rideaux tirés pour permettre aux actrices de tourner sans voile, les scènes extérieures en voiture ou dans des villages déserts pour contourner la censure
les acteurs et actrices sont au diapason, la sensibilité est le maître mot, personne n'en fait trop... chaque personnage (même le père !) a ses failles
j'ai quand même préféré le premier film de rasoulof "un homme intègre" que je conseille vivement à ceux qui ont aimé celui-ci et veulent en découvrir un peu plus sur son travail
Chanblo
Chanblo

18 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 30 janvier 2025
Le choc de 2 générations , dans 1 pays où les femmes n’existent pas , n’ont pas à avoir d.idées ……pet être un peu long.
Antoine
Antoine

46 abonnés 77 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 octobre 2024
Sans être un chef d'oeuvre, néanmoins un très bon film surtout la première partie qui aurait suffit à elle-même. Bon scenario, bien qu'il déraille sur la fin et atténue la portée du propos, porté par des acteurs/actrices très crédibles et justes, bonne réalisation inventive et toujours pertinente.
Léna D.
Léna D.

11 abonnés 8 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 16 novembre 2024
Un film absolument bouleversant à plusieurs niveaux. D'abord parce qu'il nous plonge dans un Iran oppressif contre les libertés et les droits des femmes qui nous rappelle la grande chance que nous avons d'en bénéficier. Ensuite parce qu'il met en avant le courage de la jeunesse, une jeunesse qui a espoir que les choses changent et qui n'hésite pas à contredire le pouvoir en place que ce soit dans la sphère publique ou privée, parfois au détriment de sa vie. Enfin, parce que c'est un film qui parle aussi d'amour maternel, cet amour qui est plus fort que tout, plus fort que la menace, plus fort que le mariage, plus fort que la religion et qui nous chamboule jusqu'à la fin du film. Entre suspens et émotions, difficile d'en sortir indemne !
Critiquetoi
Critiquetoi

26 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 15 octobre 2024
Les graines du figuier sauvage suit la famille d’un fonctionnaire nommé enquêteur au tribunal de Téhéran alors que les femmes se soulèvent contre le port du voile et le régime autoritaire. Complexes, les personnages évoluent tout du long dans des directions opposées, au péril de l’unité familiale. Le fort potentiel d’engagement et de dénonciation du film (qui impose des conditions de tournage clandestines, puis l’exil du réalisateur) est sous-exploité, sa seconde moitié se détachant du contexte politique pour se perdre en thriller/règlement de compte familial, trop faible allégorie d’une société divisée et irréconciliable.
Swindgen
Swindgen

9 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 octobre 2024
Un père de famille de Téhéran (misagh Zare) est nommé enquêteur, possible marchepieds vers un poste de juge chez les gardiens de la révolution. Sa complicité avec son épouse (soheila Golestani) est établie, cette dernière veille à l'équilibre familial et gère leur foyer en bonne intelligence. C'est elle qui annoncera aux enfants les nouvelles règles à tenir quant à l'usage des réseaux sociaux, avec un père doté de ces responsabilités, dans ce poste dont elle garde la dénomination secrète pour des raisons de sécurité. Des filles qui se réjouiront de ne plus partager la même chambre dans leur future maison, dit-elle. Puis nous découvrons que ces filles sont plus grandes peut-être que nous le supposions,que la plus jeune, sana (setareh Maleki) termine son lycée et que sa soeur revzan (mahsa Rostani) a 21 ans et va à la fac.


Cette dernière ramène un jour une amie (niuosha Ahkshi), qui se peint les ongles et parle plus librement de la vie, des garçons, ce qui irrite leur mère, Najmeh, qui cherchera à sortir cette intruse de leur vie. Mais c'est la meilleure amie de sa fille, la seule d'ailleurs, dira-t-elle, dans cette société corsetée d'épouse et de filles de wannabe gardiens de la révolution, où le père passe ses journées dehors, revient tard, et elles à l'attendre ou devoir le solliciter pour enfin le voir.


Une vision propre aux sociétés patriarcale, sauf qu'en Iran, les femmes étudient et vont à la fac, une sacrée différence avec d'autres pays soumis à une théologie rétrograde. La Perse possède une culture millénaire, devenue obscure mais qui pourrait renaître. Et voilà qu'un élan secoue sa société, le mouvement femmes vie liberté de 2022-2024 et encore en cours en dépit d'une répression atroce, dont nous voyons des images filmées en cachette par des smartphone tout au long du film.
Rasoulof explique que même s'il avait pu recréer ces événements, il n'aurait pu rendre l'impact de ces images pirates et il a raison. En plus de les fixer à jamais dans le temps long, nous les voyons au travers du regards de ces filles, de ces femmes.


Et à aucun moments cette manière d'imprimer l'histoire en train de se faire ne devient didactique, ce par la grâce d'un scénario remarquable, sans manichéisme, qui réserve son lot de surprises, et d'une mise en scène composant avec une économie de moyens des huis clos pleins de finesse, puis carrément des dédales de grands espaces à la limite du fantastique dès lors que, plus tard, la petite famille s'éloignera de la ville.
Le père, Iman, obligé à mentir dans ses condamnations pour garder son poste, et renier ainsi les valeurs de son serment, parce que c'est ce que le régime attend de lui, s'éloigne de son épouse, à qui il ne peut plus tout raconter. Au fond, il sait très bien qu'il n'est plus cet homme qu'elle a épousée, sur qui lui-même aurait craché des années auparavant. Pour se justifier, il se ment à lui-même, arguant de suivre aveuglément un intérêt supérieur. Un aveuglement qui va le suivre jusqu'à chez lui, avec sa propre famille. Alors sa bouche fera entendre cette paranoïa qui est le lot de ces régimes,.et quand sa fille dira que la télévision ne dit que des mensonges, il lui demandera quel est celui qui lui a appris ça, comme si bien sûr, ce ne pouvait venir d'elle mais de l'ennemi, qui la manipule. C'est un réflexe courant dans ces états en guerre permanents, que de croire à l'ingérence permanente du complot et non à l'esprit critique.


Car les filles en ont vu suffisamment pour se faire leur avis. Leur amie va subir les foudres de ce genre d'extrémisme qui impose aux femmes une façon monolithique de vivre et condamne toute autre expression. Et c'est en la voyant que leur mère va se révéler dans toute sa complexité, d'abord sa résilience qui est celle d'une femme ayant longtemps composé sous ce joug, mêlée à l'amour des siens et de ce qu'elle désirait construire, puis sa reconnaissance d'une situation qui la dépasse, qu'elle essayera malgré tout de sauver par l'amour, jusqu'au sacrifice.


Pour ses filles, il apparaitra progressivement que de sacrifice, il n'est plus question, et c'est un tour de force intimiste que de faire passer cette réalisation chez le spectateur. Face aux violences subie par leur amie, aux images pirates de leurs réseaux sociaux dans leur propre école, leur constat devient sans appel.


Un soir, pendant le dîner où le père, nommé Iman, est enfin présent, l'aînée va se confronter à lui et,le lendemain, il ne retrouvera plus son arme de fonction. Un déshonneur, chez lui, car personne ne se dénonce. Aurait-il perdu la tête ? Sa femme même lui mentirait,en plus de ses filles? Sans arme,il se sent nu,. exposé au danger en permanence , de crainte que ses collègues le découvre et en rentrant chez lui, désormais. Cette arme qu'il porte depuis seulement quinze jours et déjà attribut viril indispensable, Iman va faire appel à tous les moyens à sa disposition pour la retrouver...


Un film au propos politique, avec un engagement et un courage portés par du grand cinéma, de ceux qui nous emportent ailleurs par leur qualité extra-ordinaire plutôt que leur exotisme, aussi bien qu'ils remuent nos ressorts intimes pour libérer des émois peu communs. Un grand film donc, ce qui n'est que plus étonnant si on considère la manière dont il a été tourné. Son patchwork de petites mains artisanales unies dans cette quête de liberté, dont le travail par couches efface autant les coutures de l'ouvrage qu'il les enrichit. Un miracle qui ne doit rien aux dieux mais à des femmes et des hommes, et une nouvelle preuve de l'esprit humain de résistance aux tyrans. Ici en Iran, mais aussi en Birmanie, en Ukraine...
Et qu'il est bon de se voir rappeler. Et de quelle façon!


Avec une pensée ultime pour cette équipe de tournage qui a filmé dans la clandestinité et le courage de ces actrices engagées, déjà citées, refusant leur sort en sortant têtes nues dans la rue pour manifester, obligées de fuir leur pays.


Ne pas se fier à la durée, le temps défile quand on a quelque chose à raconter et le résumé qui précède ne donne pas idée de sa profondeur. Ni son sens du détail, comme cette bouteille de coca-cola posée sur le bureau des deux gardiens de la révolution qui discutent en s'offrant des verres dans une scène de bureau, montrant l'air de rien l'hypocrisie absolue de ces régimes si on considère que son pays d'origine est le grand sheitan.
Un film dont la qualité dépasse la Zeitgest.
Au GT
Au GT

9 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 octobre 2024
Très bon film. Très fort, la sororité et l'intrigue familiale est très réussie.
Le propos sur le port du voile en Iran est intéressant, mais j'espère qu'il ne rendra pas islamophobe en France. Vive la liberté des femmes à choisir.
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