Pour son premier long métrage, la réalisatrice Amélie Bonnin propose une comédie musicale bien troussée, qui a peut-être le défaut de tirer un peu en longueur et de rouler un petit peu à vide au bout d’un moment, mais qui ne manque pas de qualités malgré tout. Je ne suis pas une grande fan de comédies musicales d’une manière générale, mais là ça passe bien. Le film est émaillé de chansons populaires que tout le monde connait et qui sont plutôt bien chantées par des comédiens dont ce n’est pas le métier. Evidemment, je mets Juliette Armanet à part, mais sinon les autres comédiens s’en tirent aussi bien que possible, certains compensant par l’émotion ce qui leur manque au niveau de la technique. Stromae, Michel Delpech, Dalida, Claude Nougaro, Bénabar ou encore Céline Dion, toutes les chansons du film s’intègrent bien dans l’histoire.
On a même failli avoir du Francis Cabrel mais le pauvre a été interrompu par des « pastas al vongole » !
Filmé en grande partie dans une petite ville (de Moselle ?) le long de l’autoroute, le film dure 1h40. Dans la forme, il n’y a pas grand-chose à redire à part peut-être un faux rythme qui donne une impression de langueur et de redite par moment. J’aime bien la scène du flash back en 2001 dans la patinoire, où deux temporalités se percutent et s’entremêlent. Le film met en valeur tous les seconds rôles et c’est à souligner. Rewfik Jallab, Pierre Antoine Billon ou encore Mhamed Azerki n’ont pas beaucoup de scènes mais ils parviennent, grâce à la qualité de l’écriture de leur petit rôle, en en tirer le maximum. François Rollin et Dominique Blanc incarne un couple adorable et haut en couleur, la seconde dévouée à son mari, celui-ci caractériel et bourru, particulièrement casse-bonbon mais au final très attachant. Bastien Bouillon est assez craquant en ancien petit ami devenu garagiste, fan de moto cross et de « roues arrière », il tire 100% d’un personnage jamais vraiment sorti de l’adolescence comme il n’est jamais sorti de son bled. Sur le papier, je ne savais pas trop quoi penser de Juliette Armanet dans le rôle de Cécile, et au vu de la bande annonce elle ne partait pas gagnante. Et pourtant il ne lui faut pas trois scènes pour emporter le morceau en incarnant cette gagnante de Top Chef, un peu transfuge de classe, un peu honteuse de l’être. Elle m’a bluffé et j’en suis la première étonnée. Le scenario, avouons-le, tiens plus ou moins sur un post’it : Une jeune femme ayant réussi dans son domaine, à l’aube de ce qu’on devine être une grande carrière et une vie réussie (elle a un compagnon adorable), revient quelques jours en province et se remet en question. Franchement, on a vu plus original sur le papier ! « Partir un Jour » met face à face deux cuisines : la haute cuisine étoilée (le fameux plat signature « instagramable », les dressages minimalistes, les brigades) et la cuisine des restaurants routiers, où on sert des plats sans chichis dans des assiettes généreuses et des buffets libre service. On sent chez le père de Cécile une rancœur à voir sa fille faire autre chose que ce qu’il fait lui,
d’ailleurs il tient un carnet dans lequel il a noté toutes les déclarations que sa fille à fait à la TV et qui lui déplaisent, et il le sort souvent !
Il y a un début de réflexion sur le concept de transfuge de classe et le sentiment ambivalent de ceux qui restent et qui peuvent parfois vivre la réussite de leur enfant comme une sorte de trahison. Ils devraient s’en réjouir, or ils n’arrivent pas à se départir d’une sorte de rancœur plus ou moins bien dissimulée. Et puis « Partir un Jour » est aussi un film sur la nostalgie de ce qui aurait pu être et qui n’a finalement pas été, pour dire au final que c’est ainsi et que les regrets ne font pas avancer. On le voit, sur le fond le scénario est quand même assez léger et c’est sans doute pour cela qu’au bout d’un moment, même si on prend plaisir devant cette comédie musicale agréable aux personnages bien croqués, on trouve que le film finit par tourner un peu à vide. Pas de quoi crier au chef d’œuvre, mais pas de quoi crier au scandale non plus, « Partir un Jour » est un moment de cinéma agréable qui donne surtout envie de chantonner au sortir de la salle.