L’idée du film est née d’un rêve fait par Emilie Blichfeldt, dans lequel elle se retrouvait dans la peau d’une demi-sœur de Cendrillon, invisible et oubliée. Ce rêve l’a profondément marquée, au point de vouloir en faire une œuvre cinématographique. Elle a commencé à écrire le scénario en explorant ce sentiment d’effacement et de jalousie, en y injectant ses propres réflexions sur la féminité et les relations de pouvoir.
Le film est ainsi devenu une manière pour elle d’explorer les sentiments ambigus qu’on éprouve parfois envers les autres femmes — admiration, envie, rejet. Cette origine introspective donne au film une grande charge émotionnelle.
Plutôt que de reproduire le schéma classique du conte de Cendrillon, la réalisatrice a choisi de le déconstruire. The Ugly Stepsister prend le parti de raconter l’histoire du point de vue d’un personnage secondaire, souvent caricaturé comme "méchant" : la demi-sœur. En redonnant une voix à cette figure marginale, le film interroge les récits dominants et la manière dont ils façonnent notre perception du bien et du mal. Cette approche offre une réflexion sur l’identité, la souffrance silencieuse et le besoin de reconnaissance.
Les décors sont à la fois minimalistes et symboliques, baignés dans une lumière froide ou dorée selon les émotions traversées. Le choix d’un univers gothique, aux teintes de conte sombre, renforce l’impression d’être à la fois dans un rêve et un cauchemar. La maison familiale devient un théâtre mental où chaque pièce reflète les états d’âme de l’héroïne. Cette esthétique a été pensée pour soutenir le propos du film, qui oscille entre réalisme émotionnel et abstraction poétique.
La réalisatrice a fait le pari de choisir une actrice principale n’ayant pas d’expérience professionnelle dans un rôle dramatique de ce type. Emilie Blichfeldt recherchait une présence physique intense, presque muette, capable de transmettre beaucoup par les regards et les gestes. C'est pour cette raison qu'elle a choisi Lea Myren. Pour se glisser dans la peau de son personnage, cette dernière a suivi un travail approfondi sur le corps et le silence.
Dans un souci d’authenticité et d’esthétique artisanale, Emilie Blichfeldt a fait le choix d’utiliser des effets spéciaux pratiques plutôt que numériques. Par exemple, les transformations physiques de la demi-sœur sont réalisées avec du maquillage, des prothèses et des effets d’ombre. Cela confère au film une texture visuelle organique, en lien avec son atmosphère brute et intime.
La réalisatrice tenait à ce que chaque transformation semble réelle et tangible, presque viscérale. Cette approche rappelle les contes illustrés anciens, où le merveilleux avait toujours une part de grotesque.
L’un des objectifs du film était de déconstruire la vision manichéenne héritée des contes classiques. Ici, la "méchante" n’est pas une caricature, mais une jeune femme en quête d’amour, d’attention et de reconnaissance. Cendrillon elle-même n’est pas idéalisée : elle est présentée comme égocentrique, parfois cruelle dans sa légèreté. Cette complexité morale brouille les repères du spectateur, qui est amené à ressentir de l’empathie pour une figure habituellement détestée.
Le projet s’inscrit dans une démarche féminine, autant dans son fond que dans sa forme. L’équipe principale du film — réalisatrice, productrice, cheffe déco et parfois même cheffe opératrice — est majoritairement composée de femmes. Cela a permis une approche plus sensible à certains thèmes comme la rivalité féminine, l’injonction à la beauté ou encore la solitude des femmes invisibilisées.
Cette synergie a nourri la création d’un univers cohérent et profondément ancré dans une perspective féministe contemporaine. Le regard féminin n’est pas revendiqué comme militant, mais comme un geste naturel de réappropriation.