"Le convoi de la peur !"
Depuis l’entrée en Afghanistan de la coalition internationale menée par les Etats-Unis au sortir des attentats du 11 septembre 2001, le cinéma n’a cessé de s’abreuver - pour le pire et le meilleur - de cette guerre larvée aux engagements troubles. Citons pêle-mêle quelques productions : “Brothers” (2010), “Lone Survivors” (2013), “Horse Soldiers” (2018) entre autres.
La France n’étant pas en reste, on peut citer le long-métrage “Forces Spéciales” (2011), ou encore dernièrement, la série “Kabul”. Ce qui nous intéresse ici, avec “13 Jours, 13 Nuits”, de Martin Bourboulon (“Les trois Mousquetaires : d’Artagnan”), c’est le désengagement américain de l’été 2021, lorsque l'administration Biden décide le retour au pays des engagés à traquer les Talibans. Ce gâchis de vies humaines durant deux décennies n’aura assuré aucune stabilité à un pays déjà meurtri par d'innombrables guerres claniques.
Le film de Martin Bourboulon, d’après l’histoire de Mohammed Bida, commandant de la sécurité à l’ambassade de France, nous narre le retour imminent des Talibans à Kaboul, une capitale dont ils avaient été chassés par les soldats occidentaux. Comme prisonnier d’un cercle infernal, le pays du héros Massoud va implacablement se refermer sur lui-même en engloutissant des millions d’innocents (dont la moitié est des femmes), sous les lois islamistes de la charia !
Dans un souci d’authenticité, les premières images post-générique sont celles - incroyables - de centaines de civils s’accrochant désespérément - dans un ultime espoir de fuite - au fuselage d’un avion militaire américain prêt à décoller.
Du 15 août au 28 août 2021, le récit de “13 Jours, 13 Nuits” plonge le spectateur au cœur des chroniques d’un chaos annoncé. Le décor du film sera celui de l’Ambassade de France, toujours ouverte en ce dramatique été 2021. Depuis ce dernier bastion de liberté dans une ville qui sombre dans l’horreur, nous suivons le commandant Mohamed Bida (Roschdy Zem), chef de la sécurité, dont la retraite est pour bientôt. Ce vétéran de la police - fils de Harkis, à qui la France a tant apporté et à laquelle il apporte tant, va se retrouver confronté - avec ses hommes - à de terribles cas de conscience, lorsque plus de 300 civiles trouveront refuge entre les murs fragiles de ce petit bout de France. La reconstitution de la ville afghane dans des décors marocains est formidable de véracité et participe pleinement à l’atmosphère oppressante qui envahit le spectateur.
Certains moments forts m’ont rappelé “La Déchirure” (1984) de Roland Joffé sur le martyr cambodgien, avec l’arrivée des Khmers rouges dans Phnom Penh, une autre page pas très glorieuse de notre histoire (avis perso). Avec un sens du rythme et du cadrage qui n’a rien à envier aux productions étasuniennes, “13 Jours, 13 Nuits” est une magnifique épopée dramatique à hauteur d’homme qui se focalise sur une mission d’exfiltration comme la France n’en a jamais connue auparavant. Le toujours impeccable Roschdy Zem livre une prestation habitée aux côtés de la toujours excellente Lyna Khoudri (“Novembre”), qui synthétise de son seul regard toute la tragédie de la Femme afghane.
A l’heure, où notre pays est moqué, critiqué, maltraité, stigmatisé, accusé de tous les maux possibles et imaginables, Martin Bourboulon, avec “13 Jours, 13 Nuits” nous livre à travers le courage, l’engagement et le sacrifice des protagonistes, un plaidoyer pour la liberté, l’égalité et la fraternité…