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Helene Tourbine
27 critiques
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3,5
Publiée le 9 mai 2026
Image saisissante d’une adolescente qui pousse une charrette chargée d’un corps dans un désert montagneux de science fiction – le plateau de l’Ennedi, au nord-est du Tchad. « Fille du sang » car née alors que sa mère mourrait en couche, Kellou porte déjà le triple fardeau d’être orpheline, stigmatisée car « responsable » de la mort de sa mère (ce que son père lui reproche) et déroutée par des visions qui lui font voir le passé comme l’avenir. Et ce fardeau supplémentaire donc, ce corps auquel personne ne veut donner la toilette mortuaire traditionnelle car c’est celui d’une autre femme victime des préjugés obscurantistes. Et pourtant Kellou est lumineuse. Jeune femme de son temps, amoureuse d’un garçon de son âge et bien décidée à ne se laisser dicter sa conduite par personne, et surtout pas par les « sages » du village, toujours prompts à l’injonction et à la menace. Dans ce contexte aussi plombant que le soleil du désert, Mahamat-Saleh Harou – grand cinéaste de la révolte – dessine des lignes de résistance. La belle mère de Kellou, soudain solidaire, le glissement du père lui-même mis en cause par le village et traité de « putain d'immigré », et surtout Aya, figure centrale de la « sorcière » accusée d’avoir provoqué la mort de nourrissons du village et des pluies diluviennes et meurtrières – une « pluie de l'abondance » opposée à la « pluie des nuages rampants ». "Il n'y a pas de faute en toi" disait Aya à Kellou, qui trace désormais sa route en tenant tête aux vieux donneurs de leçon comme aux morts tourmentés qui viennent la hanter.