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Adelme D.Otrante
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2,5
Publiée le 6 septembre 2026
Kellou a des visions et est rejetée par une partie du village car « fille de sang », sa mère est morte en couche. Elle se lie d’amitié avec une exilée de guerre qui elle aussi est ostracisée. En abordant son film avec une pointe de mysticisme fantastique Mahamat-Saleh Haroun fait preuve d’originalité pour nous raconter les guerres et les superstitions ancestrales qui divisent et morcèlent son pays. Mais la manière de le faire est par moment trop gentillette et le film souffre de longueurs. Quand au jeu, bon on va dire que ça ne doit pas être simple de monter un casting dans un pays comme le Tchad.
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1,5
Publiée le 28 août 2026
« Ça t'arrive de faire des rêves ? » "Soumsoum" prend place dans une communauté où deux femmes sont marginalisées par des hommes inquiets par ce qu'ils ne comprennent pas. Ils ne sont pas les seuls dans l'incertitude, car Kellou ne comprend pas ce qui lui arrive ni la signification de ses visions. Il y a aussi Aya, une pestiférée porteuse de malédictions, qui va lui permettre de comprendre certaines choses sur sa vie. Alors qu'il est question de xénophobie, de superstition, de spiritualité, de marginalisation, d'éveil spirituel, de deuil ou de rejet social, c'est dommage de découvrir un film aussi vide. Entre les dialogues sans profondeur, les acteurs amorphes, les personnages qui ne suscitent aucune empathie et la narration laborieuse, j'ai eu l'impression de voir un film sans âme. Une fable mystique malheureusement sans vie qui donne un film profondément ennuyeux.
Cela fait 20 ans que je suis la carrière du réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun. En 2006, j'avais énormément aimé "Daratt", qui n'était pas son premier film mais qui était le premier film de ce réalisateur que je voyais. Entre "Daratt" et "Soumsoum", 4 films que j'ai plus ou moins aimés (pour moi, de films moyens pour 2 d'entre eux à films que j'ai bien aimés pour les 2 autres). Une certitude : "Soumsoum" est de loin celui que j'ai le moins aimé. On est d'accord, les paysages du plateau de l’Ennedi, dans le Nord-Est du Tchad, sont magnifiques. On est d'accord, la photographie de Mathieu Giombini est particulièrement soignée. On est d'accord, les thèmes abordés, la situation des femmes dans la communauté au sein de laquelle se déroule le film et la peur, le rejet de celui ou de celle qui est différent(e), sont importants et fort intéressants. Seulement voilà : le jeu des comédien(ne)s est catastrophique et le rythme du film est tellement languissant qu'il n'a pas réussi à m'emporter. Et qu'on ne me dise pas que cela serait dû au fait que je suis allergique aux films qui "prennent leur temps" : Lav Diaz est un de mes réalisateurs préférés !
Image saisissante d’une adolescente qui pousse une charrette chargée d’un corps dans un désert montagneux de science fiction – le plateau de l’Ennedi, au nord-est du Tchad. « Fille du sang » car née alors que sa mère mourrait en couche, Kellou porte déjà le triple fardeau d’être orpheline, stigmatisée car « responsable » de la mort de sa mère (ce que son père lui reproche) et déroutée par des visions qui lui font voir le passé comme l’avenir. Et ce fardeau supplémentaire donc, ce corps auquel personne ne veut donner la toilette mortuaire traditionnelle car c’est celui d’une autre femme victime des préjugés obscurantistes. Et pourtant Kellou est lumineuse. Jeune femme de son temps, amoureuse d’un garçon de son âge et bien décidée à ne se laisser dicter sa conduite par personne, et surtout pas par les « sages » du village, toujours prompts à l’injonction et à la menace. Dans ce contexte aussi plombant que le soleil du désert, Mahamat-Saleh Harou – grand cinéaste de la révolte – dessine des lignes de résistance. La belle mère de Kellou, soudain solidaire, le glissement du père lui-même mis en cause par le village et traité de « putain d'immigré », et surtout Aya, figure centrale de la « sorcière » accusée d’avoir provoqué la mort de nourrissons du village et des pluies diluviennes et meurtrières – une « pluie de l'abondance » opposée à la « pluie des nuages rampants ». "Il n'y a pas de faute en toi" disait Aya à Kellou, qui trace désormais sa route en tenant tête aux vieux donneurs de leçon comme aux morts tourmentés qui viennent la hanter.
Cinéaste discret, Mahamat Saleh Haroun n’est pas tellement connu du grand public, mais bien des cinéphiles de la critique internationale. Le réalisateur africain (Tchad) est habitué des festivals, Cannes en particulier, où il reçut le grand prix du jury pour Un Homme qui Crie en 2010. Co-écrit avec Laurent Gaudé (Le Soleil des Scorta) Soumsoum, la Nuit des Astres a été sélectionné à la Berlinale, et obtenu le prix Fipresci du meilleur film. Orpheline de mère et fille de sang, une lycéenne commence à avoir des visions. Elle rencontre une exilée qui attise peurs et superstitions du village. Un lien particulier va unir les deux femmes contre l’ostracisme local et les vieux préjugés. Tourné en partie dans les splendides paysages de l’Ennedi (Sahara), le film conjugue beauté formelle et drame intime de l’appartenance... et du lien ancestral. L’actrice principale, Maïmouna Miawamate, est tout simplement divine, et la bande son de Bibi Tanga, un miracle ! Une merveille.
Même si le cinéma de Mahamat-Saleh Haroun manque un peu de consistance dans l’incarnation et le jeu de ses personnages, s’il peut aussi paraitre un peu naïf dans sa narration du périple de son héroïne, il arrive malgré tout à nous emporter par sa dimension fantastique au cœur des magnifiques paysages du désert tchadien. Avec Soumsoum il signe un conte féministe et animiste aussi singulier qu’envoutant.
Prix de la critique internationale ( Berlin 2025 ) ce film en provenance du Tchad revisite certaines des problématiques universelles intimistes, vécues par le genre humain.
Constitution des schémas neuronaux dans la période pre verbale, secret de famille, poids de l'appartenance au groupe, menace de rejet qui complique l'émancipation personnelle, importance de la connaissance de son passé familial pour se connecter à soi-même, tous ces thèmes sont abordés à l'aune de la culture familiale africaine, à composition de pensée magique et de tradition des esprits.
Réalisé avec des moyens modestes, ce film délicat, dont les derniers plans sont longuement filmés dans le massif de l'Ennedi, permet de jeter un œil sur un des plus spectaculaires paysages africains, que tous les amateurs de déserts - et ils sont nombreux - connaissent au moins de réputation.
On notera la musique envoûtante du générique, en provenance de la région du Tibesti, cette dernière largement mise en images, notamment par Raymond Depardon cinéaste et photographe.
Kellou est une jeune lycéenne dans un village du nord-est du Tchad. Entre un père aimant et un copain, Baba, dont elle est profondément amoureuse, tout irait pour le mieux dans la vie de Kellou si elle n'était pas hantée par des visions horrifiques. Kellou se rapproche d'une femme, Aya, que le village a mise au ban en l'accusant de la mort de plusieurs enfants. Comme Kellou, Aya possède des dons extra-lucides.
Le cinéma tchadien n'est guère connu. Il se résume à un seul nom : Mahamat-Saleh Haroun qui tourne des films depuis une trentaine d'années et qui les projette dans les festivals les plus prestigieux. Si on était mauvaise langue, on se demanderait s'il doit ces sélections flatteuses à la qualité de ses œuvres ou à leur origine exotique qui permet aux sélectionneurs d'éviter le reproche d'une programmation trop occidentalo-centrée.
Je me souviens avoir découvert son cinéma au début des années 2000, à la veille d'une mission qui m'avait conduit à N'Djamena au siège de la Cour de justice de la CEMAC. Je venais de voir "Bye Bye Africa" à l'Espace Saint-Michel et avait reconnu son réalisateur assis avec des amis à une table voisine de la mienne. Fort audacieusement, je lui avais dit que j'avais aimé son film - ce qui n'était qu'à moitié vrai - et que je m'envolais pour le Tchad le lendemain.
Mais, il faut que j'arrête de raconter mes guerres, comme un vieillard nostalgique et prétentieux. Que dire de Soumsoum ?
Son scénario a été co-écrit par Laurent Gaudé. On reconnaît la plume de l'auteur de "La Mort du roi Tsongor" et de "Salima" dans ce conte africain aux faux airs de tragédie grecque. L'histoire emprunte à Antigone, invoque en effet les lois de la morale et leur supériorité sur celles de la cité.
Certes, les paysages désertiques de l'Ennedi sont magnifiques et n'ont rien à envier à la "Monument Valley". Mais le jeu des acteurs est, comme c'est souvent hélas le cas dans les films de Mahamat-Saleh Aroun, bien hésitant. Et surtout, le rythme languissant du film épuise la patience du spectateur occidental, guère habitué à autant de longueurs.
Film beau et intelligent, mais parfois ennuyeux par des incursions pas toujours très claires dans une recherche sur les rapports entre vivants et morts. plus intéressants les relations entre ces deux femmes et la population de ce village hostile à ceux qui veulent vivre libres.
Cette fable féministe, où le réel et le fantastique se mêlent avec élégance, interroge nos peurs collectives et la violence d’une société patriarcale à travers une esthétique superbe. Mais cette belle mise en scène finit par l’emporter sur le récit, au point de donner parfois l’impression d’une progression narrative trop faible.
Intéressant film du réalisateur Tchadien Mahamat-Saleh Haroun qui réalise un récit initiatique ancré dans un village du Tchad, où visions, mémoire et traditions s’entrelacent et plonge le spectateur dans les croyances anciennes du Tchad ! Les paysages qui aussi surprenant que cela puisse paraître rappellent par instant le Grand Canyon sont splendidement filmés .
Dans Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun propose un récit initiatique profondément ancré dans un village isolé du Tchad, où la frontière entre réel et invisible se brouille sans jamais être forcée. Le film suit Kellou (Maïmouna Miawama), une jeune femme traversée par des visions qu’elle ne comprend pas, et dont le quotidien bascule à la rencontre d’Aya (Achouackh Abakar Souleymane), une exilée rejetée par la communauté. À travers cette relation, Kellou découvre une autre manière de percevoir le monde, entre mémoire intime, héritage spirituel et récits anciens transmis de génération en génération.
Le récit s’appuie sur une tension constante entre les normes sociales du village et la persistance de croyances ancestrales. En prenant la défense d’Aya face au chef du village (Sambo Saleh Adam), Kellou s’expose à la peur collective et à une forme de violence sociale qui révèle les limites imposées à celles et ceux qui s’écartent de l’ordre établi. Cette opposition structure le film, non pas comme un simple conflit, mais comme une quête de liberté, où accepter l’invisible devient un acte de résistance.
La grande force du film réside dans sa manière de replacer les traditions au centre du récit, sans les réduire à un décor. Mahamat-Saleh Haroun puise dans les légendes du Tchad, notamment celles liées au plateau de l’Ennedi, pour construire un univers où chaque élément du paysage semble habité. Les roches, les cavités, les espaces désertiques ne sont pas de simples cadres, ils deviennent porteurs de mémoire, presque vivants. Cette approche traduit une vision du monde où le mystère n’est pas une menace, mais une composante essentielle du réel.
Le film développe ainsi une pensée proche de l’animisme, où les vivants, les morts et la nature coexistent dans un équilibre fragile. La présence des défunts, intégrée au quotidien, illustre cette continuité entre les mondes. Ce rapport à l’invisible donne au récit une dimension singulière, loin d’une lecture rationnelle classique, et participe à une forme de poésie constante. Kellou n’est pas confrontée à un fantastique spectaculaire, elle apprend à voir ce qui existe déjà, à lire le monde autrement.
Sur le plan formel, la photographie accompagne cette démarche avec une grande délicatesse. Les paysages du Tchad sont sublimés sans tomber dans la carte postale, tandis que les visages captent une part essentielle du récit. Maïmouna Miawama impressionne par une présence à la fois fragile et déterminée, donnant au personnage de Kellou une profondeur immédiate. Le film trouve ainsi un équilibre entre beauté visuelle et dureté du propos, même si la dernière partie peut sembler plus étirée, au risque de perdre légèrement le spectateur.
Au-delà de son récit, Soumsoum, la nuit des astres s’impose comme une œuvre sur la transmission et la résistance. Aya incarne une mémoire ancienne que la société cherche à effacer, tandis que Kellou, en s’en approchant, devient le vecteur d’une réappropriation. Cette transmission dépasse le cadre individuel, elle interroge une histoire collective et une identité que l’on tente parfois de faire disparaître. Le film transforme ainsi les croyances en un espace de liberté, où la poésie et la spiritualité deviennent des outils pour penser le monde autrement.
Entre conte écologique, spiritualité émancipatrice et résistance aux violences faites aux femmes, le film mêle rituels animistes, héritages ancestraux et appel à la liberté intérieure, pour réactiver une spiritualité africaine vivante, non folklorisée, qui aide à penser le présent. Lire la critique sur le site d'Africultures.
Dans Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun, le plus grand cinéaste actuel de l'Afrique sub-saharienne, raconte l'histoire de Kellou, jeune villageoise du Tchad, perturbée par des visions qu'elle ne s'explique pas. Le film est un conte, qui prend un peu de temps pour déployer ses ailes, avant de séduire, et pas seulement par la beauté de sa mise en scène, dans de stupéfiants paysages, là où les morts se transforment en pierre. Ce sont des liens invisibles et surnaturels que traque le film, avec le pouvoir étouffé des femmes dans une société patriarcale qui obéit encore à des lois, ou plutôt superstitions, d'un autre âge. Kellou,spoiler: méprisée car "fille de sang" (sa mère est morte lors de l'accouchement), possède en elle une puissance qu'elle ne soupçonne pas, dans le droit fil de ces femmes que les hommes accusent d'être des sorcières, faute de pouvoir les comprendre et les domestiquer. Mahamat-Saleh Haroun s'éloigne donc quelque peu du réalisme social qu'il a pratiqué le plus souvent dans sa carrière, pour une fable résolument moderne, dans un esprit féministe assumé. Une fois passé le rythme un peu indolent de sa longue mise en place et oubliée une interprétation parfois inégale, le film révèle sa maîtrise et imprègne de poésie sa volonté de réunir défuntes et vivantes dans une même lutte farouche contre des usages discriminatoires et humiliants.
Vu à la Berlinale. La nuit des astres est de ces films rares qui laissent une empreinte durable, comme un souffle qui continue de vibrer bien après la projection.
Dans un petit village du Tchad, ravagé par des pluies torrentielles en 2024, le récit s’ancre d’abord dans une réalité presque documentaire : la boue, les maisons fragilisées, les silences lourds après la catastrophe. Mais très vite, le film s’élève vers une dimension plus mystérieuse, presque cosmique.
Deux figures féminines en constituent le cœur battant : l’une traversée de pressentiments, habitée par une intuition troublante ; l’autre proscrite, mise à l’écart par la communauté. Entre elles se tisse une généalogie confuse, née d’une conception pendant la « nuit des astres » (Soumsoum), moment suspendu où les corps et les âmes se confondent. Cette nuit irrigue tout le film : elle brouille les frontières entre le visible et l’invisible.
La mort de la femme proscrite agit comme un point de bascule. Elle oblige les vivants à affronter le devoir dû aux morts — non comme une simple obligation rituelle, mais comme une responsabilité morale et cosmique. Le film déploie alors une méditation profonde sur l’appartenance : faire partie d’un tout qui englobe les vivants, les ancêtres, la nature, jusqu’à la pierre elle-même. Cette conscience d’une continuité entre l’humain et le monde minéral donne au récit une puissance singulière.
La mise en scène, d’une grande délicatesse, épouse le rythme du village et laisse affleurer le sacré dans les gestes les plus simples. Les paysages, filmés avec une sobriété lumineuse, deviennent des espaces de mémoire et de transmission. Le film se développe sur la densité des regards, la lenteur habitée, le poids des silences. Il pose l’action entre le merveilleux et l’invisible. La nuit des astres rappelle que l’espoir de l’avenir naît aussi de la fidélité au passé, et que chaque existence s’inscrit dans une trame plus vaste que soi. Une œuvre précieuse, à la fois enracinée et universelle.