BAISE-EN-VILLE - Martin Jouvat | ⭐ 7,5/10
"Menacé d’être mis à la porte par sa mère, Sprite se retrouve piégé : il lui faut un permis pour trouver un job, mais un job pour payer le permis. Sa monitrice d’auto-école décide alors de l’aider, quitte à lui prêter son fameux « baise-en-ville ». Mais au fait… c’est quoi, un baise-en-ville ?"
Baise-en-ville appartient à cette catégorie de petits films immédiatement attachants. Ici, la forme épouse parfaitement le fond : candide, parfois maladroit, un peu immature, mais drôle, touchant et d’une sincérité désarmante, comme son personnage principal, auquel l'on s'attache vite, justement parce qu’il ne cherche jamais à masquer ses failles.
L’univers dans lequel il nous plonge joue sur un équilibre subtil : ces banlieues pavillonnaires à la fois rassurantes et déprimantes, filmées comme un décor familier, presque confortable, se teintent peu à peu d’un imaginaire proche du conte. Couleurs pop, situations légèrement irréelles et personnages fantasques contribuent à créer un monde décalé, comme suspendu, entre quotidien banal et rêverie douce.
Le casting de seconds rôles est très solide : Emmanuelle Bercot s’amuse visiblement en monitrice d’auto-école totalement déjantée, William Lebghil est irrésistible en beau-frère loser et Michel Hazanavicius, en père détaché de tout, apporte une touche de mélancolie inattendue. Ces présences donnent au film une vraie saveur, souvent drôle, parfois tendre.
Mais ce ton singulier, oscillant entre loufoquerie et douceur mélancolique, exige une écriture d’une grande précision pour tenir sur la durée. Et c’est là que le film montre ses limites : l’intrigue manque par moments de consistance, s’étire ou tourne un peu à vide.
Reste que lorsqu’il aborde la difficulté à s’adapter socialement, le film touche juste. Entre candeur et mélancolie, il propose bon nombre de séquences pleines d’esprit et de sensibilité.
Loufoque, décalé, sincère, Baise-en-ville séduit malgré ses fragilités, même si l’on aurait aimé qu’il s'appuie sur une intrigue plus consistante pour transformer l’essai.
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