On retrouve une grande partie de la bande de "Grand Paris", le même ton décalé, indolent, pop, la manière tendre de filmer le béton, mais là où l'argument sympathique s'essoufflait dans le premier essai, donnant l'impression d'un court étiré, cette fois le rire est présent à chaque instant, les personnages savoureux existent et ne remplissent pas que des fonctions. Et si le récit peut paraitre plus classique, linéaire, il y gagne en efficacité. Un mot sur les actrices et acteurs, toutes et tous formidables, jusqu'aux seconds rôles, avec un coup de chapeau particulier à Emmanuelle Bercot, qui après son récital dans "L'Esprit Coubertin", confirme son talent comique. De quoi commencer l'année 2026 un immense sourire aux lèvres puisque la sortie du film est annoncée pour le 21 janvier.
NB : Martin Jauvat semblait se demander ce qu'il faisait dans la programmation toujours de très haut niveau du Festival de La Rochelle. On peut le rassurer, son "Baise-en-ville" a été reçu comme un immense vent de fraîcheur par un public conquis.
Sans prétentions artistiques démesurées mais avec un côté compact et cohérent, bien plus efficace que dans Grand Paris, son premier long métrage, Baise-en-ville montre avec aplomb que Martin Jauvat a des choses à dire sur son vécu générationnel, en banlieue parisienne. C'est Chelles qu'il aime et il ne se prive pas de nous le seriner, dans une répétition qui allie poésie et absurde haut perché. L'humour est léger, qu'il soit dans les dialogues ou les situations, mais n'est pas sans signification, socialement parlant, ce qui est loin d'être le cas de la plupart des comédies françaises. Le cinéaste aime tous ses personnages, visiblement, dans une bienveillance moqueuse, et lui-même s'est réservé le rôle principal, qui galère aussi bien sur les plans professionnel que sentimental. Avec un budget sans aucun doute limité, Jauvat ne perd jamais de vue son scénario, qu'il fait évoluer par petites touches, sans trace de scènes particulièrement inutiles. L'acteur/réalisateur a aussi le bon goût de bien s'entourer, avec notamment Michel Hazanavicius et William Lebghil, impeccables, mais surtout avec une Emmanuelle Bercot complètement déchaînée, en monitrice d'auto-école tempétueuse, qui contraste joliment avec le caractère de son apprenti conducteur, pour former un couple de contraires classique mais probant et, avant tout, très drôle.
Même si cela n'est pas toujours subtil, JAUVAT nous emporte une nouvelle fois dans son petit univers, livrant une comédie à la française aux accents américains assumés, qui amuse, divertit, touche par instant, mais surtout fait rire par son côté simplet réjouissant