Avec Baise-en-ville, Martin Jauvat confirme son regard singulier sur une jeunesse française débrouillarde, paumée et profondément attachante. Entre chronique sociale, comédie absurde et portrait de banlieue, le film capte avec beaucoup de justesse les galères du quotidien et cette impression de tourner en rond quand tout semble bloqué avant même d’avoir commencé.
Sprite vit encore chez sa mère, sans permis, sans travail et sans véritable perspective. Lorsqu’elle menace de le mettre dehors s’il ne se prend pas enfin en main, il se retrouve enfermé dans un cercle absurde : impossible de trouver un emploi sans permis, impossible de payer le permis sans emploi. Une mécanique sociale simple mais terriblement réaliste, que le film transforme en comédie douce-amère.
La grande force de Baise-en-ville réside dans son ton. Martin Jauvat filme ses personnages avec énormément de tendresse, sans jamais les juger. L’humour naît des situations, des maladresses, des silences et d’un sens très particulier du décalage. Le titre lui-même devient un running gag étrange et mélancolique autour de cet objet mystérieux qu’est le “baise-en-ville”, à la fois accessoire concret et symbole d’un passage à l’âge adulte qui semble toujours repoussé.
Face à lui, Emmanuelle Bercot apporte une énergie inattendue dans le rôle de Marie-Charlotte, monitrice d’auto-école aussi fantasque que touchante. Leur relation, faite de maladresses et d’élans improbables, donne au film une humanité permanente.
Visuellement, le long métrage adopte une mise en scène minimaliste mais extrêmement vivante. Les zones pavillonnaires, parkings, petites routes et appartements modestes deviennent le décor d’une France périphérique rarement filmée avec autant de douceur. Le réalisme du quotidien glisse régulièrement vers une forme de poésie absurde discrète mais très personnelle.
Sous son apparence légère, Baise-en-ville parle finalement de précarité, de solitude et de la difficulté à devenir adulte dans une société où tout semble conditionné par l’argent et les codes administratifs. Mais le film ne sombre jamais dans le misérabilisme. Il préfère observer ses personnages avec humour, empathie et une vraie sincérité.
Une comédie atypique, fragile et profondément humaine, portée par le charme maladroit de Martin Jauvat et la présence lumineuse de Emmanuelle Bercot.