Troublante sainteté
Teona Strugar Mitevska est macédonienne. Et à ce titre, il est normal qu’elle s’intéresse à la plus célèbres de ses compatriotes, Anjezë Gonxhe Bojaxhiu, plus connue sous le nom de Mère Teresa. Calcutta, 1948. Mère Teresa s’apprête à quitter le couvent pour fonder l’ordre des Missionnaires de la Charité. En sept jours décisifs, entre foi, compassion et doute, elle forge la décision qui marquera à jamais son destin - et celui de milliers de vies. 104 minutes pour raconter les 7 jours intenses qui on changé le cours de la vie de celle qui sera Prix Nobel de la Paix en 1979 puis canonisée en 2016 par le Pape François. Les avis seront de toute évidence très partagés devant ce portrait très personnel de la « sainte femme ».
La réalisatrice a déjà consacré un film consacré à la figure de Mère Teresa avec le documentaire Teresa et moi. Elle avait alors obtenu l’autorisation d’interviewer les quatre dernières sœurs encore vivantes de l’ordre des Missionnaires de la Charité fondé par Mère Teresa. Son portrait nous fait découvrir le personnage sous un autre jour, à la fois farouche et attachant. Car, c’est le moins que l’on puisse dire ce film – qui donc n’est pas un biopic puisqu’il ne se focalise que sur une seule semaine de la longue vie de la religieuse -, propose une vision particulièrement âpre, froide, parfois carrément brutale et franchement inattendue de Mère Teresa. Ce qui va en déranger plus d’un. Le film ne s’autorise ni réhabilitation ni procès, mais plutôt un décapage, un grattage du vernis pour faire apparaître la femme là où s’est substituée une sorte d’icône. La bande-son, stridente, rock et parfois clashante, participe largement au décalage visiblement volontaire du traitement du sujet. Ce n’est jamais un portrait à charge mais qui se refuse à ignorer les zones d’ombre de la future « sainte ». Passionnant mais qui bouleverse les codes.
Outre la manière d’aborder le sujet, le choix de Noomi Rapace, dans le rôle titre, est tout aussi surprenant. Elle incarne avec conviction une Térésa qui associe bonté et colère, autoritaire et rigide qui organise, contrôle, ajuste les meubles comme elle ajuste les consciences. Elle est une femme, avant tout, une femme. A ses côtés Sylvia Hoeks et Nicola Ristanovski sont parfaits. Un film déroutant, je l’ai dit, qui ose emprunter à la fois au giallo – le thriller fantastique du cinéma italien - et à Buñuel avec cette manière de faire entrer l’hallucination dans le champ du réel sans prévenir. Mais, là où tant de biopics se satisfont de l’hagiographie, celui-ci tutoie des zones brûlantes et nous invite à observer où le mythe se fissure. Audacieux, courageux, étonnant.