Un village français
Encore une fois, le hiatus entre la satisfaction du grand public et le mépris de la critique institutionnelle à propos d’un film de Christophe Barratier est impressionnant. Comme je j’écris ici parfois, le réalisateur des Choristes n’a pas la carte. J’ai la désagréable impression à son sujet, que les critiques ne lui pardonnent pas son énorme succès avec ce 1er film alors que la presse de l’époque l’avait descendu en flammes. On était alors en 2004 et seuls 12 critiques professionnels s’étaient déplacés en salle. Le moins qu’on puisse dire c’est que voilà une corporation qui a la rancune tenace. Pendant l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale, François, Eusèbe et Lisa, trois enfants courageux, se lancent dans une aventure secrète : résister aux nazis en plein cœur de la France. Sabotages, messages cachés et évasions périlleuses, ils mènent des actions clandestines sous le nez de l’ennemi. L’audace et l’amitié sont leurs seules armes pour lutter contre l’injustice. 100 minutes bourrées de qualités cinématographiques – qualité de l’image, montage nerveux, reconstitution très soignée… -, mais un surplus de didactisme, des personnages caricaturaux taillés à la serpe et surtout peu de surprises dans le scénario. Mais tout cela s’explique aisément, et, puisque la cible évidente reste les familles, voilà un film utile pour les jeunes générations – celles des héros de ce film -, en nous invitant à nous réveiller face à certains sombres retours et aux bégaiements de l'Histoire.
Ce drame historique est adapté des deux premiers tomes de la bande dessinée éponyme de Benoît Ers et Vincent Dugomier, dont on connaît le gros succès de librairie, grâce entre autre, à une forte notoriété en milieu scolaire. – Les autres volumes déjà parus suivent les enfants jusqu’à l’orée de leur âge adulte… Barattier, selon la rumeur, devrait les adapter également -. Excellent choix de Mailly-le-Château, dans l’Yonne, pour planter les caméras, de même pour l’image légèrement désaturée, qui refroidit les couleurs vives, contribuant ainsi à dramatiser le récit qui met en exergue – ce qui est rarement fait -, la « zone grise » du temps de l’Occupation. Alors ici, même si c’est trop souvent simpliste, on parle de petites lâchetés, de collaboration, de marché noir, des dénonciations, mais aussi de la résistance ordinaire, souvent silencieuse… La France n’était pas entièrement peuplée de héros. Je le répète, malgré ses maladresses et son manichéisme facile, il faut faire connaître ces pages d’Histoire aux plus jeunes.
Le hiatus principal est du côté de l’interprétation très inégale des trois jeunes Lucas Hector, Nina Filbrandt, Octave Gerbi, qui semblent un peu dépassé par le poids de leurs rôles. Même entourés par Gérard Jugnot, Artus, Pierre Deladonchamps, et une pléthore de seconds rôles, ils ne sont hélas pas très crédibles… En gros trop « propres sur eux », trop lisses pour endosser les tuniques de ces jeunes héros. L’idée d’aborder la Résistance à hauteur d’enfant offrait un angle prometteur, et pourtant, le film peine à susciter toute l’émotion attendue. Un petit goût d’inachevé.