Tout comme les grands et sombres moments de la planète, la seconde guerre mondiale n’a pas livré tous ses secrets. Si la shoah est de mieux en mieux documentée grâce, notamment, aux témoignages des survivants des camps, l’histoire de la résistance a encore beaucoup à nous apprendre. En particulier en ce qui concerne les enfants, qui, suivant l’exemple de leurs parents sont entrés en résistance contre l’occupant nazi. La bande dessinée « Les enfants de la résistance » qui a donné son titre au film de Christophe Barratier trace une trame cohérente de cette histoire peu connue dans la grande histoire. Ce qui est certain par contre, au fil des témoignages qui se font jour, c’est que les enfants étaient parfaitement conscients de ce qu’ils faisaient et qu’ils étaient, comme leurs parents, prêts à mourir pour la cause.
Trois enfants très impliqués
Lucas Hector (François), Nina Fibrandt (Lisa) et Octave Gerbi (Eusèbe) endossent courageusement les trois rôles principaux du film de Christophe Barratier. Au vu de leur jeune âge on ne peut ni ne doit s’attendre à les voir jouer comme s’ils avaient quinze à vingt ans d’expérience dans le métier d’acteur. Cela étant dit, ils assument crânement leurs rôles et ils affrontent les évènements qui surviennent dans le village comme les autres entre peur et révolte. Si la BD qui a inspiré Barratier est une fiction, l’engagement des enfants dans la résistance, suivant en cela l’exemple de leurs parents, est une réalité très méconnue et le témoignage de Josette Forgues Torrent (J’avais 12 ans et j’étais résistante sorti aux éditions Harper Collins en 2023) est important car il met au jour des choses auxquelles on ne s’attend pas de la part d’enfants. Et François, Lisa et Eusèbe auraient très bien pu côtoyer Josette et s’inspirer de son exemple pour entamer leurs actes de résistance contre les nazis à Pontain l’écluse. Le premier d’entre eux étant d’appeler la population à rejoindre le général De Gaulle à Londres en imprimant leur message sur du papier peint avec une « imprimerie » pour débutant reçue par Eusèbe à noël. D’aucun pourrait prétendre que les enfants agissent sous l’influence de leurs parents, sauf que les parents en question ignorent tout de cette organisation « terroriste » et que ceux de Lisa ont disparu pendant l’exode, sous la mitraille des avions allemands.
Des adultes solidaires avec les enfants et hostiles face à la collaboration
Les adultes comprennent très vite, dès l’arrivée des allemands qu’ils s’opposeront à eux sans trop savoir comment faire. C’est l’action de résistance du « Linx », ainsi que se sont nommés les enfants, qui réveille peu à peu les adultes exacerbant le désir de résister chez le plus grand nombre ou de collaborer ; et seul le cabaretier s’engage dans la voie de la collaboration, s’attirant ainsi l’hostilité générale des autres villageois. Gérard Jugnot est un père Proslier remarquable ; on le voit peu, mais il s’impose en parlant peu mais bien bien. Il est le premier à suivre l’exemple des enfants en aidant, avec Marcel, le père de François, un fugitif à rejoindre la zone libre. Cela étant dit, le prêtre, qui est aussi l’arbitre des matches de foot des enfants se rend compte en acceptant à contre coeur de laisser deux soldats jouer au foot avec les enfants aussi que les allemands ne sont pas tous d’accord avec le führer et sa ligne « sang pur » / Arien(ne) d’abord. Artus est un Marcel de très belle tenue ; blessé pendant la première guerre mondiale, il voit d’un mauvais œil les nazis occuper le village. Observateur, et fine mouche, il comprend très vite que François et ses deux amis ont formé le groupe « terroriste » Le Linx et en silence il les protège tout en sachant pertinemment ce qu’il risque tout comme il n’hésite pas à défier le bistrotier du village, collaborateur notoire, dont il a parfaitement compris qu’il n’est qu’un planqué (et il le dit lui même tout en le sortant de force de derrière son comptoir). Les autres rôles sont très bien tenus même si la période est dure. Et même si les villageois ont plutôt tendance à être hostiles aux nazis, peut-être Barratier aurait il pu dresser un portrait plus féroce du chef de la kommandantur et des enquêteurs de la gestapo un peu trop « bisnounours » à mon goût. Même l’exécution de Marcel fait un peu tâche tant elle est survolée.
Si j’ai apprécié le film, qui montre quand même la réaction épidermique des habitants face à l’épreuve de la guerre et de l’occupation. L’exode à peine esquissée prend les traits de Lisa, la petite juive qui fuit les bombardements avec ses parents qu’elle perd pendant les mitrailles successives des avions allemands. Ces évènements gravissimes auraient sans doute gagné à être un peu plus fouillés sur certains points. Mais il est difficile de traiter de la deuxième guerre mondiale en seulement 1 heure 40 on sera donc tolérants sur ce point.
Compte rendu cinéma. Poitiers. CGR Castille, le 3 mars 2026. Christophe Barratier (né en 1963) : Les enfants de la résistance. Lucas Hector, François ; Nina Filbrandt, Lisa ; Octave Gerbi, Eusèbe ; Artus, Marcel ; Gérard Jugnot, père Proslier ; Pierre Deladonchamps, le maire ; Leslie Medina, Marceline ; Julien Pestel, Marnier ; Julien Arruti, Germain ; Vanessa Guide, Julienne ; Oscar Boissière, Luc ; Fanny Carbonnel, la femme endeuillée ; Franz Lang, Maître Bonnefoy ; Thibaut Manoury, soldat allemand ; Romain Rondeau, l’évadé ; Guillaume Bouttemy, soldat allemand ; Jannis Hain, gestapiste Heinrich ; Paul Ducloux, Jean … sortie nationale : 11 février 2026
Bibliographie (du plus récent au plus ancien) :
- Fabrice Grenard : Les enfants de la résistance (BD) ; collection : La grande imagerie. Date de sortie : 4 avril 2025
- Josette Torrent/Johanna Cincinatis/Olivier Montégut : J’avais 12 ans et j’étais résistante. Maison d’édition : Harper Collins. Date de sortie : 2023
- François Broche : Ils n’avaient pas 20 ans. La révolte des jeunes. Maison d’édition : Tallandier. Date de sortie : 2023
- François Broche/Jean François Maracciole : Histoire de la collaboration. Maison d’édition : Belin. Date de sortie : 2021