C’est au travers des tourments traversés par Sandro, un grand adolescent de 18 ans en train d’entrer dans l’âge adulte, que le réalisateur géorgien-américain George Sikharuze a choisi de dresser un tableau de la Géorgie d’aujourd’hui. Malgré quelques maladresses dans la mise en scène, en particulier dans la façon de filmer la manifestation d’extrême-droite et la ratonnade qui la prolonge, "Panopticon" est un premier long métrage prometteur, ne serait-ce que par le double sujet qu’il embrasse : le rejet des étrangers en Géorgie, partagé par une partie (grande ? petite ? cela ne nous est pas précisé) de la population géorgienne ; et, surtout, par la peinture sans fioriture d’un jeune homme torturé entre les injonctions paternelles cherchant à lui faire suivre des commandements divins et la libido qui commence à le travailler sérieusement. "Panopticon", le titre du film, renvoie à un dispositif carcéral conçu à la fin du 18ème siècle par le philosophe utilitariste anglais Jeremy Bentham et son frère Samuel, dispositif permettant à un seul gardien de surveiller un grand nombre de prisonniers sans que ceux-ci puissent savoir s’ils sont ou non observés. Pour le père de Sandro, ce gardien, c’est Dieu, d’où la recommandation qu’il fait à son fils de ne jamais s’écarter du droit chemin car Dieu, qui sait, est peut-être en train de le surveiller Critique complète sur le site avec critique et film et le tiret du 6 entre les 2.
Je ne suis pas certain d'avoir compris ce que George Sikharulidze veut réellement nous raconter et pourtant il le raconte plutôt bien. Dans un pays idéologiquement, et pas que, confus un adolescent se débat entre ce que sa conscience, et surtout les diktats hypocrites de la société et la religion, lui imposent et ses pulsions, avance comme il peut dans un âge et une vie qui d'évidence ne lui font et ne lui feront pas de cadeau. A part peut-être quelques rencontres, en cela le film semble faire un gros clin d'œil au "Lauréat" de Mike Nichols. Et c'est un peu ça le problème du film, ses nombreux clins d'œil, celui à Truffaut et ses "400 coups" apparait même à l'écran, semblent l'empêcher de suivre sa propre voie, d'aller au bout d'un propos pas toujours limpide, ou du moins trop esquissé quand il s'agit par exemple d'aborder l'état politique du pays. En tant que spectateur je me suis donc senti tiraillé entre intérêt et questionnements, et après tout c'est peut-être la réussite du film, nous mettre dans le même état que Sandro, joué par une sorte de cousin géorgien de Louis Garrel, lui-même tiraillé entre tradition et expérimentation.
Panopticon est le portrait d'un adolescent trouble et troublé, Sandro, aussi pieux que obsédé sexuel, ce qui n'est manifestement pas incompatible. Un drôle de type, en vérité, pas très sympathique, au demeurant, qui a pour excuses d'être éloigné de sa mère et flanqué d'un père qui songe à devenir moine. Truffé de références, à Fenêtre sur cour, au Lauréat et aux 400 coups, entre autres, le film suit les dérives de son héros dans une Géorgie actuelle, où le nationalisme devient de plus en plus exacerbé. Au passage, notons qu'il y a une certaine ressemblance entre l'acteur qui joue le personnage principal avec Louis Garrel, à 20 ans. Très travaillé dans son écriture et assez peu prévisible, Panopticon séduit par le traitement malin de l’ambiguïté de Sandro aux pures aspirations mais aux comportements qui ne le sont pas vraiment. Le film ne ressemble pas vraiment à ce que le cinéma géorgien a pu nous offrir ces 10 dernières années mais cela ne l'empêche pas de l'être fondamentalement, géorgien, dans un récit d'apprentissage un peu tordu où le réalisateur, George Sikharulidze parvient avec bonheur à créer un climat instable et parfois malaisant, dans lequel les personnages secondaires ont aussi leur mot à dire.
En provenance de Géorgie, " Panopticon" renvoit par son titre au panoptique.
Construction architecturale théorique du philosophe conséquencialiste anglais Jérémy Bentham, le prisonnier qui s'y trouve placé ne sait jamais s'il est observé. Michel Foucault en consacra plusieurs pages d'analyse dans son essai sur la prison " Surveiller et punir ".
Le titre sera ainsi le fil conducteur laissé au spectateur, pour lui permettre de tenter de se repérer dans ce portrait d'un jeune homme ( sorte de sosie entre Pierre Niney, Louis Garrel et Jean-Pierre Leaud - le générique du début de " les 400 coups " de Truffaut est montrée dans une scène).
Se repérer donc et relever les gestes qui traduisent l'intériorité du personnage dont les luttes internes sont polarisées entre le désir sexuel non assumé, traversé par le sentiment de honte et le souhait de se connecter émotionnellement à un père, dont la vocation monastique lui fait préférer l'amour de Dieu à l'amour de son fils.
Bref un père défaillant, cherchant dans la religion, la résolution de conflits internes qu'il tente maladroitement de juguler par un mutisme socialement admissible par la vie monastique.
Son entrée en religion entre en conformité avec ses règles, le protégeant ( sans doute ) ainsi d'une réflexion intime profonde à laquelle il refuse, sans doute, de se livrer. Les voeux qu'il prononce ne sont ( probablement ) que l'expression de son déni.
Seul, livre à lui-même, le jeune est paradoxalement, sans qu'il le sache lui-même sans doute délivré aussi des liens toxiques qui l'entouraient.
La métaphore de la scène finale ( mise à nu explicite ) le fait ( peut-être) passer du statut du prisonnier symbolique du panoptique ( le panoptique c'est - peut-être - dans le cas d'espèce, la société, son entourage familial, son groupe de copains hooligans) à celui d'un jeune homme à la conquête de lui-même.
Filmé avec beaucoup de brio, mais le manque de dialogues, de ressorts scénaristiques, une première heure qui tire en longueur, rendent ce film ambitieux, beaucoup trop cadenassé. Finalement un peu comme tous les personnages !
Interminable et soporifique. Le jeune héros Sandro semble aussi coincé que le scénario qui peine, patine et n'exprime pas grand chose. À part peut-être la vision noire de l'auteur sur son pays, noire, péremptoire et aussi superficielle que le traitement de ses personnages. spoiler: un père qui ne sait que fixer des yeux son fils , regard censé exprimer l'amour, ou invoquer les saints , se fait moine, son ex s'exile aux USA pour chanter du répertoire lyrique, la grand-mère épluche des légumes et maudit son gendre et le petit fils navigue entre entraînement de foot, vidéos et violences xénophobes, plaisir solitaire et réunions lycéennes oiseuses spoiler:
Une question malgré tout : Sandro est-il psychotique ?
Je crois que c'était mon premier film georgien, quelle cinématographie rare, quel plaisir de changer d'horizon ! Le comédien principal est hypnotisant, il rappelle Jean-Pierre Léaud avec sa mine boudeuse. La scène finale est époustouflante, à voir !
Les trolls sont à l’œuvre pour donner le maximum de points à ce film , non? Plutôt sans intérêt, l’acteur principal ( il est de toutes les prises…) est un croisement ennuyeux entre Jean-Pierre Léaud et Louis Garrel, ses émois laissent complètement indifférent.
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3,0
Publiée le 30 mars 2026
« Je n'aime pas ces choses perverses. » Sandro dit des choses, mais fait tout l'inverse. Ce fils d'un futur moine qui a grandi dans un environnement ultra-conservateur est tiraillé entre son éducation stricte et ses pulsions sexuelles. C'est un jeune homme et plus un adolescent, mais il est encore dans cette phase difficile au cours de laquelle les hormones ont tendance à prendre le dessus. Il est le premier à recadrer des personnes de son entourage à qui il reproche la perversion et le manque de dignité pour les guider sur le droit chemin dont il s'égare lui-même. Cette crise d'identité s'étend à la jeunesse, et même au pays qui est en proie à la montée du nationalisme. Cela fait beaucoup à assimiler pour ce garçon complètement perdu. George Sikharulidze insuffle cette confusion à son histoire qui se disperse constamment entre l'éveil sexuel, la masculinité toxique, l'extrémisme et la religion. Proposition de la Géorgie pour la 98e cérémonie des Oscars, "Panoptikoni" couvre peut-être trop de choses, mais c'est pas mal.
Avec Panopticon, George Sikharulidze livre un premier long-métrage dense, où l’intime et le politique s’entrelacent. Le film suit Sandro, adolescent géorgien dont le père abandonne la cellule familiale pour devenir moine orthodoxe, laissant un vide comblé par la foi, les pulsions et la quête de reconnaissance. Si l’univers post-soviétique est bien capté, l’intérêt réside surtout dans la manière dont le réalisateur déploie ses symboles : la figure des mères, le rôle ambivalent du père, la relation troublante avec Natalia, et surtout le panoptique foucaldien comme métaphore d’un contrôle invisible. L’image finale, où la nudité prend une dimension christique, achève de faire de ce récit une parabole sur la visibilité et la honte. Panopticon séduit par sa profondeur thématique, mais parfois la richesse symbolique écrase le récit, au risque d’alourdir le parcours émotionnel du spectateur.
Un ado géorgien laissé à l’abandon par ses parents (une mère qui a émigré et un père entrant dans les ordres orthodoxes) vit avec sa grand-mère. En manque de repère dans une Géorgie pieuse et nationaliste, il se cherche, fait ses expériences et flirte avec les interdits. Commençons par ce titre énigmatique, qu’est-ce qu’un Panopticon ? Architecturalement, c’est un bâtiment (souvent pénitentiaire ou hospitalier) avec un point central duquel on peut observer tous les individus y vivant sans être vu. Voir sans être vu, le savoir et cela en permanence. Chez les individus concernés, supposant qu’ils sont observés en permanence, leur comportement n’est jamais normal et toujours influencé par un regard extérieur potentiel. Et c’est bien l’image que George Sikharulidze, dans son premier long métrage veut donner de son pays à travers son personnage principal. Dans ce pays très pieux et nationaliste, les individus se sentent en permanence soumis à un contrôle social, politique, religieux et familial. Ce jeune homme troublé par des pulsions sexuelles normales pour son âge s’y adonne de manière plus ou moins répréhensible dès qu’il se sait anonyme mais devant son entourage affiche une image irréprochable de piété et de droiture. Et ce conflit intérieur est difficile à gérer pour lui. Durant 1h30, nous allons suivre son parcours qui a tout d’un récit initiatique. Une image télé des « 400 coups » de Truffaut au milieu du film affiche clairement la parenté de ce film avec ses prédécesseurs. Intéressé par le double aveuglement de cet ado, le scénario peine malgré tout à tenir la longueur malgré ses seulement 90 minutes. A voir pour découvrir la société géorgienne vu par sa jeunesse.
Doté d’une mise en scène d’une grande maîtrise, le film conjugue oppression et sensualité, réalisme et beauté réflexive. L’interprétation de Data Chachua, visage magnétique intrigue et captive jusqu’au dernier plan. Au-delà du portrait d’un adolescent tourmenté, c’est toute une Géorgie pieuse et déchirée qui s’expose à travers lui.