Décidément, je crois que je ne comprendrai jamais mon ressenti vis-à-vis de Quentin Dupieux. Globalement, je n'ai jamais vraiment apprécié son cinéma, même si certains de ces films avaient réussi à me toucher pendant une période. Et dans la continuité de cela, ces dernières productions me laissaient un goût vraiment fade en bouche. Face à des films qui me parlaient peu, je dois dire que je ne m'attendais donc pas du tout à autant apprécier "L'Accident de piano". Très honnêtement, ce long-métrage est même mon film préféré de ce réalisateur. Là où ces 3/4 derniers films souffraient d'une forme extrêmement ennuyeuse, emprisonnée dans un fond intéressant, mais jamais mis en valeur par l'ensemble, ce projet a su se montrer prenant et intelligent. Dans son concept, on est encore face à une idée très absurde, où la particularité de notre héroïne sert à raconter quelque chose sur toute une génération. Mais dans l'exécution, tout sonne mieux maîtrisé et construit. Déjà, car je trouve qu'Adèle Exarchopoulos est parfaite pour le rôle. Elle rend absolument détestable le personnage de Magalie, dans un jeu vraiment abusé par instants, mais qui fonctionne. Au final, on finit par rire assez facilement face à la déconnexion de cette héroïne, mais aussi par ses interactions avec le reste du casting. Que ce soit Jérôme Commandeur, Sandrine Kiberlain ou Karim Leklou, ils sont tous excellents dans leurs interprétations. Quentin Dupieux continue de les filmer en leur laissant beaucoup de libertés, et c'est ce qui fait la différence. Son style est toujours aussi visible, notamment dans sa gestion du montage ou dans son approche de la bande-son. Encore une fois, cette dernière n'est pas franchement agréable à l'oreille, mais elle est très intéressante. L'histoire tournant autour d'un accident de piano, il est intelligent d'avoir choisi d'amener une musique de piano un peu dissonante, offrant un rendu semblant faux et imprévisible dans les notes. Et en vérité, c'est un peu là qu'est l'idée de toute façon, par cette approche de l'artificialité, le film amène son message global. Je dois avouer que, quand j'ai su que Quentin Dupieux allait parler d'Internet et des influenceurs, j'avais peur qu'il parte dans une approche trop clichée et très en-dehors de la réalité. Pourtant, je trouve que son point de vue amène finalement la plus grande qualité du long-métrage. Le film n'essaye jamais vraiment d'incriminer les influenceurs, il pose bien plus un constat sordide sur ce milieu et transmet une émotion assez triste sur leur vie. Même si Magalie est montrée comme odieuse, elle a réussi à me toucher, notamment par son développement. Complétement marginalisée, elle a fait de sa faiblesse une force, mais elle finit rapidement par pousser le bouchon trop loin. Cependant, elle est totalement consciente de cette déconnexion, et c'est ce qui la rend si spéciale à suivre. La conclusion, à mon sens, étant de loin la partie la plus forte en émotion au sein du film.
Totalement insensible à quoi que ce soit, cette dernière ne ressent même plus la force de continuer, et la réaction de ses fans à cela s'avère terrible. Bien plus que de critiquer le milieu, le film questionne l'enfermement des protagonistes au sein de celui-ci, et sur le rapport qu'a le public avec ces personnalités.
C'est donc une approche vraiment forte, et qui a, pour une fois, réussi à me toucher. Moi qui pensais en avoir fini avec Quentin Dupieux, il a pourtant quand même réussi à me surprendre. Comme quoi, une surprise est vite arrivée. Pour conclure, probablement mon film préféré de ce metteur en scène.