Vous vous souvenez de la séquence géniale de "Nope" qui voyait un chimpanzé complètement dingo massacrer hors-champ les acteurs d'une sitcom américaine lors du tournage d'une séquence de fête d'anniversaire familiale ? Sûrement, si vous l'avez vue, d'autant que le talent de metteur en scène de Jordan Peele pour y insuffler une tension à couper au couteau la rendait d'autant plus mémorable.
Eh bien, elle semble aussi avoir marqué Johannes Roberts qui, sans doute encore un peu perdu après s'être cassé les dents sur son adaptation de "Resident Evil" ("Bienvenue à Racoon City", pas franchement hospitalier du tout), a décidé de faire muter cette séquence en un long-métrage entier afin de confronter une bande d'étudiants à Ben, petit compagnon primate devenu soudainement enragé, de l'une d'entre eux. Et, comme on n'a rien contre un bon coup de folie simiesque susceptible de donner un carnage amusant, on a bien évidemment répondu présent. Grand mal nous en a pris.
Certes, Johannes Roberts n'a jamais vraiment réussi à s'imposer avec vrai hit au sein de sa filmographie mais, entre "47 Meters Down" et "The Strangers: Prey at Night", le bonhomme faisait partie de ces réalisateurs pour lesquels on laissait facilement une chance aux nouveaux projets, et ce même le dernier était une sacrée déconvenue. "Primate" vient définitivement enterrer toute lueur d'espoir de cinéphile placée en lui en prenant la forme d'une espèce de mauvais DTV datée et incapable de générer le moindre plaisir coupable.
Flashforward d'ouverture aussi stupide qu'inutile (on le retrouve à peine un quart d'heure plus tard dans le film et personne ne semble s'être dit au montage qu'il y avait un souci, une merveille), une exposition bâclée de personnages totalement insipides envers lesquels, on le sait d'emblée, on n'éprouvera pas la moindre empathie (rien ne le viendra contredire, mais vraiment rien de rien !) et, bim, "Primate" fait débouler son singe salivant et violent sans même prendre le temps de vraiment nous attacher à lui dans la normalité de son quotidien ni même par le lien qui l'unit aux habitants de la maison (tout est expédié par un micro-générique d'articles de presse et les questions à voix haute d'une gourde extérieure à tout ça).
Devant nos yeux très vite sidérés par une telle qualité d'écriture, débute alors une prise d'otages par un chimpanzé psychotique en huis-clos (on ne pensait pas aussi écrire ces mots un jour, on vous rassure) où l'on se fiche aussi bien du sort des victimes que de leur assaillant plus amateur de mâchoires arrachées que de bananes.
Incapable d'exploiter vraiment la spécificité de son "monstre" hormis de très rares moments de réactions imprévisibles ou à travers sa brutalité animale qui amène quelques exécutions un peu plus sauvages que la moyenne (mais filmées dans la pénombre et charcutées comme pas permis niveau montage), Roberts ne paraît jamais savoir comment imposer son primate fait d'un déguisement animatronique, pas très convaincant à ce niveau de surcroît (il y a toujours quelque chose qui sonne faux dès que la caméra s'en rapproche), si ce n'est en usant d'un anthropomorphisme trop poussé pour rester crédible ou de quasiment la même mécanique, déclinée à l'infini, à chacune de ses apparitions (Ben observe, Ben disparaît, Ben fait une dinguerie). Le résultat est un monceau d'ennui continu assez ahurissant, augmenté de quelques protagonistes secondaires d'une bêtise incommensurable (leur nom se résume à "Hot Guys...", faut dire) juste là pour offrir un bodycount honorable et de l'utilisation artificielle du handicap de celui du père (Troy Kotsur, l'acteur sourd de "Coda") qui n'apporte absolument rien de nouveau face à d'autres films de genre ayant bien plus astucieusement intégré cette donnée à leur récit.
À peine sauvé de la catastrophe complète par un ou deux assauts de son chimpanzé ravagé un peu moins mauvais que le reste, "Primate" semble vraiment avoir été imaginé et conçu par le . d'un singe resté dans une mauvaise phase du film de monstre animalier des années 90. Et même pas le plus évolué de cette époque.