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Drill
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5,0
Publiée le 5 avril 2025
Wang Bing utilise une esthétique de la ruine et des plans longs pour capturer la fin d'un monde, comme dans "À l’ouest des rails". Dans "Jeunesse (Le Printemps)", Wang Bing explore le quotidien harassant des travailleurs chinois, tandis que "Les Tourments" se concentre sur les situations où le rythme de production est perturbé.
Le film commence là où le précédent s'était arrêté, avec un montage en patchwork reliant différents ateliers et situations. Les relations entre hommes et femmes sont un thème central, avec des échos subtils entre les scènes. Wang Bing utilise des effets de montage pour "fictionnaliser" les séquences, créant un portrait collectif des trajectoires individuelles.
"Les Tourments" met en lumière les dysfonctionnements du système capitaliste et la vulnérabilité des travailleurs. Le film montre des situations de crise, comme une ouvrière trop lente pour suivre le rythme ou un travailleur non rémunéré après la perte de son livret de paie. La présence de Wang Bing et de son équipe est plus visible, renforçant l'impression de dysfonctionnement quotidien.
spoiler: Le point culminant est une scène de violence où un homme est battu par un patron, révélant la brutalité du système d'exploitation. Les travailleurs sont laissés sans protection, et leur vulnérabilité est mise en évidence. Le film se termine sur une note mélancolique, avec le retour des travailleurs dans leurs provinces natales, submergés par la tristesse.
"Jeunesse" est une œuvre puissante qui explore les tourments du prolétariat chinois avec une sensibilité et une profondeur remarquables.
J'attends le dernier volet de la trilogie avec impatience !
Après Jeunesse (Le Printemps) 青春: 春 (2024), on retrouve Wang Bing (À la folie - 2013) dans le second volet de sa trilogie consacrée aux jeunes ouvriers de l'industrie textile chinoise. Son tournage au long cours (de 2014 à 2019), pendant lesquelles il a cumulé 2600 heures de rush, nécessitait d’être scindé en plusieurs parties.
Cette suite nous ramène à Zhili, une cité-dortoir située à 150 km de Shanghai. Une ville ouvrière entièrement dévouée au textile où s’affairent 300 000 travailleurs migrants. Comme nous l’avions laissé dans le précédent film, on se retrouve confronté aux machines à coudre qui vrombissent à longueur de journée pendant que les jeunes ouvriers (âgés entre 16 & 30 ans) s'esquintent la santé à confectionner toute sorte de vêtements en percevant une rémunération qu’après avoir travailler toute une saison entière (ils perçoivent leur salaire qu’à la fin de l’année, raison pour laquelle ils repartent avec une importante liasse de billets). Comme dans le précédent film, on assiste aux éternelles négociations entre les ouvriers et leurs patrons, on découvre les spécificités du travail local, notamment le fameux “livre de paie” (où sont consignés les heures effectuées et les salaires perçus).
Ce second opus braque les projecteurs sur le prolétariat et sa vulnérabilité face à la malhonnêteté de certains patrons voyous qui n’hésitent pas à plier bagages du jour au lendemain, avec les vêtements confectionnés par leurs petites mains, sans avoir pris la peine de les rémunérer. Ces derniers auront travaillé pendant de longs mois et ne percevront jamais le fruit de leur dur labeur, ne leur laissant pas d’autre choix que de trouver un autre atelier pour travailler ou d’essayer de revendre au meilleur prix les machines abandonnées par leurs patrons afin de le redistribuer auprès des employés lésés.
« A quoi sert l'argent si t'as aucun droit ? »
Chaque année, on dénombre pas moins de 200 à 400 patrons qui s’enfuient, laissant sur le carreau les travailleurs, mais aussi les fournisseurs (de tissus), ainsi que les propriétaires des locaux où sont situés les ateliers (et les dortoirs des ouvriers).
Le film montre à la fois les conditions de travail toujours plus précaire (les bâtiments (ateliers dortoirs) sont d’une crasse hallucinante et les abords des ateliers sont des décharges à ciel ouvert), l’exploitation de cette jeune main d’oeuvre bon marché, naïve et obéissante, ainsi que les violences policières envers des migrants qui ne sont rien d’autres que les esclaves des temps modernes du capitalisme chinois.
Jeunesse (les tourments) deuxième épisode de la trilogie de Wang Bing est une expérience éprouvante mais assez fascinant de près de 3h46 sur l'industrie textile en Chine. Immersive, la caméra souvent portée à l'épaule filme au plus près les ouvriers, dans une grande précarité. Wang Bing n'épargne rien de la misère vécue par ces ouvriers exploités. Sans être un film de film de la révolte, Jeunesse évoque le début d'une révolution. On pourra trouver l'ensemble un peu long, parfois difficile à suivre, et aussi un peu redondant, il n'empêche que Wang Bing demeure un documentaliste de grand talent.
La suite de "Printemps " film courageux qui illustre les conditions horribles dans lesquelles travaillent ces hommes et femme, payés à la tâche. Il est parfois difficile de suivre la teneur des débats entre ces ouvriers et leurs chefs concernant les salaires, sans doute en raison des conditions dans lesquelles ce film a été tourné. Mais il s'agit d'un film courageux et digne.
Ce documentaire est parfait : il vous plonge dans cette “ville� qui n’est qu’un alignement d’immeubles en béton de 6 étages avec des coursives à l’air libre, encombrées de plastiques, de vêtements accrochés au mur et donnant sur des pièces encombrées …de tissus, de sacs en plastique…et bien sûr d’humains jeunes entre 16 et 30 ans. Et vous n’arrivez pas à vous détacher de ces jeunes qui se challengent sur leur stakhanovisme, sur leur solitude, sur leur salaire, sans se départir d’un optimisme qui vous surprend tellement vous ne pourriez pas rester une seule petite journée à travailler dans ces ateliers… Rien à voir avec le film fleuve (12 heures) de Joris Ivans, qui, 50 ans plus tôt (“Comment Yu Kong déplaça les montagnes�), nous a fait découvrir le quotidien chinois (déformé par la propagande maoïste) . Mais, ce film, tourné entre 2011 et 2019 (avant le Covid) n’est pas un film politique, il traite de jeunes migrants venus gagner leur vie entre 15 et 35 ans dans les grandes villes industrielles dans l’espoir de revenir vivre leur vraie vie dans leur vraie “campagne� où ils pourront toucher et manger des vrais légumes au lieu des nouilles déshydratées … Et si ce film prédisait ce qui nous menace en France : les migrants, mais pas ceux qui fuient la misère de pays étrangers, non, les migrants intérieurs = les français obligés d’aller s’expatrier dans les grandes métropoles et rêvant de leur “village� , de leur famille, de leur “patrie� perdus et emportés par le capitalisme et la productivité… Personnellement, je crois que je vais attendre encore quelques années avant d’acheter un nouveau jean …
Pas un instant je n'ai relâché l'attention. La projection m'a semblé passer en un instant. La puissance de description redouble la qualité d'un regard qui me donne à croire que je suis à la table de couture vosine de celui qui tire avec maitrise la jambe d'un pantalon ou celui qui ^péniblement arrache à bout de fatigue chaque point surfilé. L'énergie, les rires et lesa mours, chassés-croisés de jeunes gens viennent percuter la terreur que ces ateliers finissent par inspirer. Des ateliers qui se ressemblent tous, pour une révélation: qui comprendrait la Chine actuelle qui n'a pas vu Jeunesse.
JEUNESSE (LES TOURMENTS) (Qing Chun Ku) de Wang Bing
Les tourments sont ici ceux de la jeunesse chinoise, à laquelle le réalisateur-documentariste Wang Bing consacre une trilogie. Dans ce second volet, après « Le printemps » et avant son « Retour au pays », les jeunes gens que nous voyons à l’écran, sont originaires de provinces rurales très pauvres. Ils viennent chercher dans les 18 000 ateliers textiles de la ville-usine de Zhili les moyens de leurs propres subsistances, pour certains sur les pas de leurs parents. On estime leur nombre à 300 000. Ils ont autour de la vingtaine, parfois beaucoup moins, mais ont en commun leurs silhouettes ténues. Jeunes hommes avec des corps d’enfants poussés trop vite, qu’on imagine aisément peu ou mal alimentés. Mais si en perdant leur vie, ils rêvent de la gagner, ils n’en demeurent pas moins des jeunes gens pris dans les affects de leur jeunesse.
La durée des films de Wang Bing est la marque de fabrique de son écriture cinématographique, sans qu’elle n’en soit gratuite pour autant. Les 3h46 de « Jeunesse (Les tourments) avec ses scènes répétitives d’un jeune à l’autre, tendent à créer l’effacement de l’individualité. Quelques paroles et le nom de chacun accolé à sa province d’origine en début de chaque séquence, viennent nous rappeler que nous sommes bien devant des individus différents dans cette masse de jeunes parias. La durée permet aussi l’immersion dans cette succession de jours sans nuits.
Ce film de Wang Bing a en commun avec « Tardes de Soledad » d’Albert Serra, de créer de l’inconfort émotionnellement qui puisse permettre d’accéder à quelque chose d’indicible que les images et leurs répétitions parviennent seules à montrer. Et c’est là qu’opère la magie cinématographique de ces réalisateurs hors normes.
On peut dire du réalisateur Wang Bing qu’il est le documentariste de la classe laborieuse dans la Chine capitaliste d’aujourd’hui. Sans relâcher sa caméra, il filme les siens dans des témoignages visuels poignants.
Sublime cruauté ! Avec Les Tourments, Wang Bing redonne, le temps d’un instant, un souffle d'insouciance, de joie et de liberté à une jeunesse accablée par un travail acharné et mal rémunéré. D’impasse en impasse, de conflit en conflit — qu'il soit économique, familial, amical ou hiérarchique —, ces jeunes affrontent un quotidien implacable. Chaque nouvelle épreuve résonne comme un coup de massue. À travers leurs luttes, c’est tout un pays en crise qui se dévoile, marqué par la rudesse du monde du travail et l’absence d’issues. Pourtant, au cœur de cette morosité, Wang Bing saisit aussi des instants d’amour, de disputes, de rires : des éclats de vie, rappelant que, malgré tout, la jeunesse résiste. En filmant ces âmes tourmentées, il leur rend, ne serait-ce qu’un instant, un peu de leur jeunesse volée. Une humanité bouleversante surgit au sein même de cette jeunesse déshumanisée.