Le film prend place dans le département où Hugo Willocq a grandi, le Nord, et cible le milieu des « petites exploitations familiales », en passe de disparaître. Dans la région, comme globalement en France, un mouvement de centralisation tend à concentrer la production agricole dans des exploitations de plus en plus grosses et de moins en moins nombreuses :
"Ce mouvement constant d’une logique de profit, fait disparaître les « petits » au profit des « gros ». En même temps que la fermeture progressive des fermes « familiales », c’est tout un tissu social et culturel qui se désagrège, emportant avec lui ses multiples coutumes, idiomes et traditions locales. Petit, j’allais souvent jouer chez un ami dont les parents étaient producteurs laitiers."
"La situation était pour nous magique, l’endroit parfait pour des enfants de notre âge. Ses deux parents travaillaient là, sur une ferme à « taille familiale », qui était le modèle commun des exploitations de la région. Aujourd’hui, ces fermes ont soit grossi et augmenté leur productivité, soit disparu, faute de rentabilité", confie le metteur en scène, en poursuivant :
"Une tendance à la concentration de la production, qui s’accompagne de son double culturel : la disparition d’un tissu de mémoires centenaires. L’idée d’arracher un fragment de cette vie menacée me tient à cœur. Lorsqu’une histoire s’éteint, il y a urgence à ne pas laisser disparaître sa mémoire. Ici, c’est à travers l’intime et le subjectif, la relation entre un père et son fils, que j’ai voulu la filmer."
Hugo Willocq livre une exploration intime entre deux univers : celui de l'enfance et de l'âge adulte. La ferme, à la fois lieu de travail et d'insouciance, devient le cadre idéal pour narrer ce passage. "Deux mondes séparés se rapprochent" : cette métaphore guide la structure du film, reflétant l’évolution de Paul, le protagoniste, vers la responsabilité.
"Au début du film, les deux mondes ne communiquent pas vraiment, malgré leur proximité physique. En contrepoint de l’idéalisme qui accompagne le monde de l’enfance, c’est une face inverse qu’affiche le travail sur la ferme. Depuis sa séparation avec son frère, Grégory doit fournir deux fois plus de travail", raconte le réalisateur. Il ajoute :
"Les traites à six et dix-huit heures rythment ses journées, complétées par la vie dans les champs et l’entretien de l’exploitation. Grégory n’a pas d’autre choix que de rentabiliser son exploitation, et tout est mis au service de la production, de manière précise. Le moindre paramètre peut faire varier les rendements, la menace est constante."
"Lorsque la météo est orageuse, Grégory doit redoubler d’efforts pour terminer ses moissons et rentrer la paille à temps. C’est un agriculteur accaparé par son travail. J’ai aimé la situation très isolée de la ferme, environnée de nature vierge."
La ferme de Grégory est très isolée dans l’Avesnois, comme dans un monde à part, encore préservé. Autour, un réseau de fermes similaires trace le portrait d’un milieu rural traditionnel. Une bulle autonome dans un petit village animé par ses personnages typiques, sa fête annuelle, bercé par le bruit des tracteurs et des animaux : "L’époque est celle d’un basculement. Économiquement, ce modèle à taille « familiale » est difficile à tenir. Le film capte cette mutation en cours, tout s’ancre dans un modèle agricole relativement petit, à taille humaine."
"Et le contraste éclate parfois par rapport à certaines aspirations des enfants. Deux visions du milieu agricole se font face. Du côté de Grégory, le réalisme économique et un certain pragmatisme quant aux tracteurs et outils qu’il a à disposition, du côté des enfants, une aspiration à la modernité, aux gros tracteurs derniers cris. La réalité et son rêve. Paul et Germain jouent à un jeu vidéo de simulation agricole : « Farming simulator ». Lorsqu’ils ne sont pas dans la ferme, ils la reconstituent dans le jeu", explique Hugo Willocq.