C’est lors d’une halte à Las Vegas que le réalisateur a eu l’idée de The Neon People. En 2016, il observe un homme solitaire sur des béquilles, et engage la conversation avec cet ancien combattant du Vietnam. Celui-ci révèle qu’il vit dans les tunnels sous la ville. Cette rencontre poignante a éveillé une curiosité irrépressible chez le réalisateur, le conduisant à explorer l’existence invisible de ceux qui résident sous les néons de Vegas.
Le film plonge dans un réseau souterrain peu connu du grand public, découvert par le journaliste Matthew O'Brien. Ces tunnels, construits pour prévenir les inondations, servent aujourd'hui de refuge à plusieurs habitants sans-abri. Ignorés par les services de police et d’urgence à cause de leur dangerosité, ces lieux ont fasciné le réalisateur et sont devenus le principal décor du film, offrant une perspective unique sur une réalité souvent cachée.
Le réalisateur et son ingénieur du son ont passé environ six semaines à arpenter les 20 kilomètres quotidiens de Las Vegas pour dénicher les entrées des tunnels. Ce labeur intense, effectué à pied, leur a permis de découvrir une communauté cachée, réticente mais curieuse de leur projet. Ces repérages minutieux ont préparé le terrain pour un tournage en immersion totale dans un milieu rarement filmé.
Deux personnages réels, Captain et Brandi, ont joué un rôle crucial dans le tournage. Captain, méfiant au début, a été un allié précieux, servant de guide et de protecteur dans ce monde souterrain. Brandi, surnommée "la mama", a émergé comme une protagoniste clé, apportant son histoire personnelle et sa force à l’écran, et illustrant la résilience au cœur de cette communauté.
Jean-Baptiste Thoret a dû surmonter les préjugés face à des images préfabriquées par les médias sociaux. Pour établir une connexion authentique avec la communauté souterraine, il a pris soin de préciser que son projet n’était ni un reportage sensationnaliste ni un contenu pour TikTok. Cette démarche respectueuse a permis de capturer l’essence de ces vies invisibles de manière sensible et empathique.
Filmer dans les tunnels s’est avéré être une épreuve physique considérable. Les équipes devaient parcourir des passages étroits, souvent à quatre pattes, tout en transportant du matériel lourd. Ces défis ont non seulement façonné l’esthétique du film, mais ont également intensifié le réalisme et l’immersion recherchés par le réalisateur, semblable à "un film de Fred Wiseman filmé par John Carpenter".
Choisir de tourner en cinémascope dans les tunnels carrés de Las Vegas relève du paradoxe assumé. Ce format, souvent réservé aux vastes paysages, a été utilisé pour exalter la dimension mythologique des lieux et de leurs habitants. "Cela permettait d’insister sur les zones vides et opaques des lieux", explique le réalisateur, donnant ainsi un souffle épique à l'oppression originelle des souterrains.
Cette approche visuelle rompt avec une vision potentiellement misérabiliste, offrant une puissance et une profondeur inattendues à l'humanité explorée.