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Libre échange appartient à cette famille des films qui voudraient être modernes comme on met une chemise trop serrée : avec effort, et un peu de vanité. Une comédie sentimentale qui croit parler d’amour libre alors qu’elle ne parle, au fond, que de désordre mal cadré. On sent la bonne intention, la tentation du chaos contrôlé, mais quelque chose résiste — un goût de fausse audace, de légèreté programmée.
Kyle Marvin, ici acteur et co-auteur, se met en scène comme un candide perdu dans un laboratoire conjugal : il découvre la sexualité libérée comme on découvre un concept dans un magazine de psychologie. Dakota Johnson, elle, traverse le film avec un sourire que la mise en scène n’arrive jamais à justifier. Trop brillante, trop consciente du désastre ambiant pour qu’on y croie vraiment. Et Michael Angelo Covino, qu’on sent pourtant habité par une idée du couple moderne, semble filmer ses personnages à distance — comme s’il craignait d’y toucher.
Le ton oscille entre ironie et embarras. On rit, parfois, mais c’est un rire de gêne, un rire qui s’excuse d’exister. Le film voudrait ressembler à du Marriage Story passé au filtre de la comédie indépendante, mais il en reste à la surface : des postures, des vannes semi-écrites, des plans jolis mais creux. La caméra tourne autour des corps comme autour d’un problème qu’elle n’ose pas formuler.
Et pourtant, par éclats, quelque chose affleure. Un plan de silence, une dispute qui dérape, une phrase trop vraie — comme si le film trébuchait, et dans sa chute devenait sincère. Mais ces instants passent vite. Le montage s’agite, le ton redevient “cool”, le malaise s’efface. Tout reprend son air de brunch filmé, avec sa morale pseudo-lucide : “on peut tout vivre, pourvu qu’on en parle”.
Mais non. On ne croit pas à ces dialogues fabriqués, à ces douleurs sans gravité. La liberté n’est pas un décor, et l’échange, ici, semble surtout vide. Libre échange finit comme il a commencé : sur une promesse mal tenue. Une comédie sans nerf, un drame sans poids, un film qui confond l’audace avec le désordre et le sentiment avec le bavardage.
Note de 8 sur 20. Et si le cinéma, lui aussi, pouvait souffrir du trop-plein de liberté ?
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