De Kelly Reichardt, je n'avais vu que "First Cow" qui fut une expérience plutôt pénible sur le coup mais je l'ai revu paradoxalement à la hausse en y repensant ; clairement pas le meilleur film comme point d'entrée dans sa filmographie. Bref, ça ne m'a pas rebuté pour autant et je me suis donc intéressé à ce film de casse.
Enfin, attention, ce n'est pas un film de casse à la "Ocean's", c'est un film de casse à la Reichardt, c'est-à-dire tout l'opposé d'un film d'action. L'aspect casse n'occupe d'ailleurs que peu de place dans l'intrigue, le film se centrant davantage sur la cavale qui s'en suit. Et, pareil, lorsque je parle ici de cavale, c'est plutôt un long voyage dans une Amérique rurale des années 70 profondément morne et grisâtre. En effet, tel un vagabond, le personnage principal, ., déambule dans les rues de petites villes quasi-désertes où personne ne parle et où les amis se font rares. Il est finalement livré à lui-même, comme une bonne partie de la population américaine d'ailleurs.
Effectivement, le film dresse un portrait très divisé des États-Unis, d'un côté les marginaux comme les déserteurs, les hippies ou les manifestants contre la guerre du Vietnam et puis de l'autre, ceux qui rentrent dans les rails, par choix ou par dépit. C'est une division que l'on retrouve d'ailleurs au sein même de la famille de cet anti-héros qui a un juge pour père avec lequel il est toujours en conflit silencieux. C'est ce même silence qui pèse tout au long du film, ce silence que l'on retrouve lorsque . attend dans la voiture pendant le casse, lorsqu'il cache les tableaux, lorsqu'il est en cavale ou lorsqu'il tente de s'excuser envers sa femme au téléphone. Cela pourra sûrement déplaire à plus d'un car cela participe à ce rythme assez lent mais je trouve que cela apporte une certaine tension, en se demandant toujours ce qui va briser ce silence.
La mise en scène suit d'ailleurs ce même rythme, avec de très beaux plans, souvent fixes, comme des tableaux avec une caméra qui ne semble jamais juger ce qu'elle a sous les yeux, elle se contente de filmer passivement la déchéance de . avec une certaine ironie, comme le prouve la fin d'ailleurs. Puisque si . est "le cerveau" du casse, il n'a pas pensé plus loin. Ainsi, sa cavale n'est qu'une suite de coups de chance, même quelques-fois difficilement crédibles mais en même temps, cela participe au côté cynique de la chose.
Bref, "The Mastermind" est donc une bonne surprise !