Tout en pudeur
1er film en tant que réalisatrice de la comédienne Joséphine Japy. Ces 100 minutes âpres et exigeantes sont autobiographiques car, sa jeune sœur Bertille - comme se nomme le personnage de la sœur cadette du film -, souffre d’un lourd handicap qui a eu des effets importants sur le reste de sa famille. Qui Brille au Combat est le sens étymologique du prénom Bertille, la plus jeune des deux sœurs de la famille Roussier, atteinte d’un handicap lourd au diagnostic incertain. La famille vit dans un équilibre fragile autour de cet enfant qui accapare les efforts et pensées de chacun, et qui pourrait perdre la vie à tout moment. Chacun se construit, vit comme il peut avec les exigences de ce rythme et les incertitudes qui l’accompagnent. Quel quotidien et quels avenirs pour une mère, un père, un couple, une adolescente que la responsabilité de sa cadette a rendu trop vite adulte ? Le handicap au sein des familles est de plus en plus représenté au cinéma. On doit s’en féliciter, mais ce film a un plus indéniable, c’est son côté solaire et son refus du pathos. Bravo !
Le syndrome de Phelan-McDermid ? Il s’agit d’une maladie génétique rare du développement neurologique. Cela se traduit par plusieurs symptômes tels qu’une hypotonie néonatale, un retard global de développement, une croissance normale à accélérée, une absence de langage ou un retard sévère ainsi qu’une légère dysmorphie… Ça c’est la description médicale de la maladie. Mais ce qui a intéressé Joséphine Japy, qui revendique l’influence du Boyhood de Richard Linklater (2014) et Lady Bird de Greta Gerwig (2017), ce sont ses répercussions de ce handicap très lourd sur la vie de la famille de Bertille. Trois personnes qui ne savant pas de quoi leur avenir sera fait. Trois personnes suspendues dans l’attente d’un diagnostic qui tarde à venir. L'ensemble est d'une dignité constante, évitant, je me répète, autant que faire se peut tout toute forme de pathos. Avouons-le, ce film fait souffrir mais il en émane une lumière et un souffle qui ne peuvent laisser personne insensible.
Mélanie Laurent, Pierre-Yves Cardinal, Angelina Woreth, sont parfaits face à la véritable performance de Sarah Pachoud dans le rôle titre. On ajoutera volontiers les noms de Félix Kysyl et Thomas Gloria, à ce casting impeccable. Au centre de ce 1er film très personnel, le poids de l’engagement familial face au handicap, la difficulté d’exister à côté d’un être souffrant, et la quête d’émancipation pour la grande sœur, entre douleur intériorisée et quête d’air libre. Drame familial pudique, où chaque membre lutte à sa manière pour préserver l’équilibre, la dignité et l’amour. Face à la sincérité du propos, au soin esthétique et à la direction d’acteurs, on ne peut que se dire : voilà une cinéaste à suivre.