‘La main sur le berceau’, celui de 1992, a connu un destin curieux : il a bénéficié d’une aura médiatique largement au-delà ce qu’aurait dû lui permettre sa mise en scène sans éclat, proche du téléfilm. Sans avoir réellement fondé le genre, il a établi les codes du Thriller domestique, dans lequel la menace ne provient plus de l'extérieur mais a été intégrée dans l’espace sécurisé que constitue le groupe familial, puisqu’il s’agit de la nourrice. Encore aujourd’hui, certaines lectures voient en lui une oeuvre avant-gardiste qui avertissait il y a plus de 30 ans sur la nécessité de croire les victimes d’abus sexuels : la mise en chantier d’un remake allait donc presque de soi…et une fois de plus, il s’agit d’un remake dont on aurait très bien pu se passer…encore que si l’idée est de ramener un concept à la surface pour un public qui préférerait crever plutôt que regarder un film aussi ancien, la logique se tient. En trente ans, l’histoire a eu le temps d’évoluer, le motif de la vengeance de la babysitter aussi et le mari sort désormais presque complètement de l’équation. L’approche est toujours fonction de l’air du temps, surtout dans une production comme celle-ci et les changements opérés, s’ils ne lui apportent pas grand chose, n’enlèvent rien non plus à la ‘Main sur le berceau’. Idem pour Maika Monroe, certes moins polaire que Rebecca de Mornay, mais qui est ici parfaitement à sa place et dont l’oeil noir de requin blanc est tout à fait approprié. D’une manière générale, l’approche a été “féminisée” au sens où la relation entre les deux femmes est encore plus centrale que dans l’ancienne version, quitte à tomber dans certains travers plus gratuits (le sous-texte lesbien est abordé puis évacué sans explications). Le suspense fonctionne correctement et la plupart des nouvelles orientations sont cohérentes mais à vrai dire, j’ai un problème de fond avec les Thrillers domestiques : tout ceux qui j’ai vu ces dernières années m’ont semblé terriblement mous et ringards comme si, sous cette forme-là en tout cas, ils étaient aussi déplacés à notre époque que les films de cowboys chantants…et ‘la main sur le berceau’, malgré son lignage prestigieux, malgré la performance très honorable de ses nouvelles actrices, malgré une construction qui tient plus ou moins la route, n’échappe pas à la règle.