La genèse du film est fortement influencée par l'expérience personnelle du réalisateur, Amine Adjina. Comme il l'explique, "Créer, pour moi, est toujours un acte d’amour d’une manière ou d’une autre." L'histoire de Mehdi s'inspire indirectement d'une situation qu'il a vécue, où il a tardé à présenter sa petite amie à sa famille. Cette expérience intime se reflète dans le film et permet à Adjina de mettre en scène les complexités de la double culture.
"Pour le rôle de Mehdi, je voulais un acteur capable de susciter une immédiate empathie. Il fallait qu’on puisse entrer dans son mensonge et avoir peur pour lui. Je le souhaitais aussi concret dans son rapport aux autres, au quotidien. Younès Boucif s’est révélé immédiatement par son intelligence, son humour et sa finesse. J’ai trouvé en lui un partenaire d’emblée très investi qui a saisi très vite les enjeux du film, à la fois dans sa profondeur et dans sa légèreté."
Le choix de Lyon comme lieu de tournage n'est bien évidemment pas anodin pour Amine Adjina. Le cinéaste décrit cette ville comme marquée par une "mixigramme algérienne" et comme étant une capitale gastronomique, ce qui sert parfaitement le thème central de la cuisine dans le film.
En choisissant cette ville, Amine a par ailleurs utiliser son décor urbain pour souligner les tensions culturelles et les identités multiples de ses personnages.
Les décors sont des personnages à part entière dans le film, inspirés par la propre histoire du réalisateur. Avec un père bistrotier, Amine Adjina a grandi entre les cuisines et les comptoirs. Le personnage de Bernard, interprété par Éric Vehron, est d'ailleurs inspiré de cette figure paternelle, rendant hommage à ce monde familier et à sa richesse culturelle.
Le choix des acteurs reflète une recherche de vérité et de dynamisme. Amine Adjina a décidé d'étoffer le personnage joué par Birane Ba après avoir travaillé avec lui sur Théorème à la Comédie-Française. Le réalisateur cherchait une alchimie particulière entre les acteurs, et le couple formé par Clara Bretheau et Younès Boucif avait "un vrai plaisir du jeu", apportant modernité et fraîcheur à leurs rôles.
La bande originale, conçue par Amine Bouhafa, a été élaborée pour "évoquer un ressac mémoriel". L’idée était de faire ressentir tout ce que Mehdi, le personnage principal, n'arrive pas à exprimer. Par ailleurs, les cordes de la partition ajoutent une profondeur mélancolique, évitant toute association avec la comédie. Cette richesse auditive a pour but d'amplifier l’empathie du spectateur envers le personnage.
Le réalisateur a voulu établir un lien culturel avec l'Algérie, pays qui tient une place spéciale dans le récit du film. Les musiques additionnelles ont ainsi été choisies pour dialoguer avec différentes générations de chanteurs algériens. Cheb Hasni, emblématique et poignant, rencontre la nouvelle scène du raï avec Cheb Bello et Chebba Chinou, mais aussi le rappeur Tif.
Ces choix témoignent d’un hommage vibrant à ce pays, et la scène du train, devenue métaphorique, met en lumière cette fusion musicale, transformant un moment simple en un message dansant de diversité et d'unité.