Trop cérébral
Stéphane Sorlat est un spécialiste des documentaires sur les grands peintres de l’Histoire, puisque ces 90 minutes referment un triptyque dans lequel il avait déjà parlé de Goya et Bosch. Celui-ci est consacré au « peintre des peintres », Diego Velázquez. Surnommé aussi le peintre des rois et des humbles, il est le maître du hors-champ et des mises en abyme, il se trouve, ici, au cœur d’un voyage cinématographique défiant pas mal de conventions du genre. De la profondeur hypnotique des Ménines aux niveaux de lecture vertigineux des Fileuses, ce documentaire s’attache à élucider une question troublante : comment cet artiste, admiré par des génies tels que Manet et Dalí, demeure-t-il si souvent en marge de la mémoire collective ? Guidé par le fil symbolique de l’eau, métaphore du mouvement et de la réflexion, le film traverse les siècles et les continents, mêlant avec audace récits d’historiens, interprétations contemporaines et méditations sur l’héritage universel d’un maître inégalé. Un sujet passionnant, qu’il s’agisse de la virtuosité technique d’un maitre pionnier dans l’art d’illuminer ses sujets ou du regard désabusé d’un artiste sur le pouvoir. Pourtant, si le sujet est fascinant, son traitement l’est nettement moins.
Ce documentaire prend rapidement une forme et une structure classique, très télévisuelle et journalistique. Les intervenants – tous aussi compétents qu’ils soient – se multiplient, le film a de la peine à transcender son sujet. Gros plans sur les peintures, interview d’une personnalité ou d’un spécialiste, lecture de textes en voix off par Vincent Lindon. Certes, les textes sont bien choisis et élégants, mais la structure devient trop répétitive pour ressembler à autre chose qu’un long exposé d’Histoire de l’Art. Le plus décevant peut-être, est que là où l’œuvre du peintre respire la subversion, le film se contente d’un regard révérencieux, presque figé. Et la preuve est encore faite ici que le « trop » peut nuire au « bien ». Sorlat nous submerge de témoignages, de références, de détails – même si on apprend une foule choses -, mais le tout dans un tel désordre qu’on ale plus grand mal à s’y retrouver. Résultat, cette visite ne s’adresse qu’aux aficionados de la peinture classique et finit par laisser sur le bord du chemin la plupart des spectateurs. Un beau film plus cérébral que vibrant. Dommage, parce que quel peintre !