Cinque Secondi est une claque, le jeu de Valerio Mastandrea en contraste avec la fougue de Galatea Bellugi. On a un rythme en décompression, une photographie soignée. On aime la tentative de fantasme de réparation à travers la jeune femme enceinte, comme pour tenter de baisser le niveau de culpabilité dans l'affaire qui le confronte à son ex-femme.
Dans le film, s’installe une fracture intime sans jamais être nommée frontalement. Par touches successives, il dévoile une blessure liée à la paternité, où l’isolement devient à la fois refuge et punition, et où les regrets remontent lentement à la surface. Adriano Sereni (Valerio Mastandrea), reclus dans les écuries d’une villa abandonnée, vit dans un quotidien figé, presque vidé de sens, jusqu’à l’arrivée d’une communauté venue redonner vie aux terres. Parmi eux, Matilde Guelfi (Galatea Bellugi), enceinte, indépendante, agit comme un révélateur brutal.
Face à elle, il résiste, puis se fissure. Leur confrontation ne passe jamais par des explications directes, mais par des glissements, des silences, des gestes. Le film suggère plus qu’il ne montre. L’isolement d’Adriano n’est pas seulement social, il est intérieur. Il se coupe du monde, mais surtout de lui-même. Tout indique une rupture avec son rôle de père, sans que les causes soient immédiatement livrées.
La présence de Matilde introduit un paradoxe. Elle porte la vie, tout en affirmant qu’un père peut être inutile. Ce positionnement agit comme un miroir pour Adriano. Là où il a échoué, elle semble refuser d’avance. C’est là que le film devient plus fin. Adriano glisse vers une forme de protection, presque malgré lui. Il accompagne, veille, tente de réparer sans pouvoir effacer.
La naissance à venir devient alors un pivot. Elle incarne un espoir, mais ravive aussi la culpabilité. Aider à faire naître, c’est se confronter à ce que l’on n’a pas su préserver. La nature, elle aussi, accompagne ce mouvement. La vigne abandonnée qui renaît agit comme une métaphore simple et efficace. On peut réparer, mais pas revenir en arrière.
Le film refuse toute rédemption facile. Adriano évolue, mais la blessure reste. Cette lucidité donne au récit sa force. Entre renaissance fragile et impossibilité de réparer totalement, Cinque Secondi trouve une justesse rare, sans jamais forcer l’émotion.