La faute
Paolo Virzì n’est pas un inconnu. Loin de là. Deux de ses films m’avaient déjà fait forte impression, Folle de joie et L’échappée belle. Mais ces 105 minutes leur sont encore supérieures. Adriano, un homme solitaire, vit dans les anciennes écuries de la Villa Guelfi, une demeure abandonnée. Lorsqu’une communauté de jeunes s’installe sur la propriété pour restaurer les terres et les vignes, il tente d’abord de les chasser. Parmi eux, Matilde, profondément liée à la villa où elle a grandi auprès de son grand-père, ravive la mémoire des lieux. Ils vont devoir apprendre à vivre ensemble… Mais qui est cet homme à l'allure négligée qui vit seul dans les écuries rénovées d’une demeure inhabitée et en ruine ? Quel secret cache-t-il ? Le mystère est entier et sera tenu jusqu’à la fin de ce très beau film bouleversant.
Nous sommes dans une Toscane hivernale, sauvage, inhospitalière, une campagne laissée à l’abandon, loin du paysage de n’est pas un thriller, mais bien un drame humain qui ne peut laisser indifférent. Le film s’ouvre sur une atmosphère mystérieuse et pesante, et installe une attente en livrant peu d’informations. La photographie évolue tout au long du film. Au début, l’image est froide et hostile, puis les couleurs deviennent plus chaudes, à mesure que les saisons et les révélations se succèdent, par petites touches. On comprend peu à peu qu’Adriano, l’antihéros, est tourmenté par un douloureux secret. Un secret qui, sans rien dévoiler, est l’explication du titre du film. Vous le comprenez aisément, outre le fait que je ne peux dire grand-chose de l’intrigue sans la divulgâcher, que tout est ici dans la subtilité et le détail. Un film psychologique qui prend son temps pour aller au fond de son exploration des différents thèmes abordés et qui ne finit pas de nous surprendre.
Côté casting, Valerio Mastandrea est un magnifique acteur et le prouve encore une fois. Il est entouré par trois actrices qui, dans des genres différents, apportent des touches précieuses à cette intrigue, j’ai nommé Galatea Bellugi, qui s’affirme de film en film, Valeria Bruni-Tedeschi, toujours aussi à l’aise dans les rôles de grande excentrique et Ilaria Spada, froide comme la Justice. On retrouve dans Cinque secondi, joliment maîtrisé, ce mélange de gravité et de comédie qui fait le sel de nombre de métrages italiens avec ici une montée progressive et irrésistible de l'émotion, jusqu'à une série de conclusions qui apaisent, amusent et exaltent. Un très beau film que je recommande chaudement.