L’idée du film est née de l’amitié entre Nabil Aitakkaouali et Olivier Dacourt, qui se connaissent depuis plus de vingt ans. Nabil a proposé plusieurs idées à Olivier, dont celle de Sur la route de papa. Ce dernier a immédiatement accepté de s’y engager, touché par le devoir de mémoire et par la volonté de raconter cette histoire "de l’intérieur", rarement montrée au cinéma. Nabil AitakkaouaIi se rappelle :
"Il y a certains éléments qui le sont, dans le sens où nous avons puisé un peu dans nos histoires personnelles. L’idée, avec mon coscénariste Hakim Zouhani, était de raconter ce voyage que font chaque année vers leur pays d’origine, les Maghrébins, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, venus travailler et s’installer en France, mais aussi en Belgique ou en Hollande. C’est un voyage qui, au cinéma, n’a jamais été montré de l’intérieur."
"Nous voulions le faire à travers une famille, celle de Kamel héros du film, qui se rend sur ses terres d’origine, en mettant en exergue les valeurs de transmission, d’identité, d’attachement aux racines qui sont très importantes pour nous. C’est ce qui a plu à Olivier, je crois."
Avant même de tourner, Nabil Aitakkaouali et Olivier Dacourt ont décidé de parcourir ensemble la fameuse route du bled – 2400 km d’Aulnay-sous-Bois jusqu’au village natal de Nabil, Glet. Accompagnés de leur directeur de production et de Hakim Zouhani, ils ont refait ce trajet mythique que tant de familles immigrées ont connu.
Ce road trip préparatoire leur a permis de comprendre les difficultés, les émotions, et surtout la symbolique de cette transhumance estivale – une démarche essentielle pour restituer une vérité humaine et géographique à l’écran.
Le film a été coréalisé par Nabil Aitakkaouali et Olivier Dacourt, chacun avec un rôle bien défini : Nabil, issu du monde de la télévision et du documentaire, s’est chargé de la direction d’acteurs et de la dramaturgie, tandis qu’Olivier, ancien footballeur devenu documentariste, s’est concentré sur l’aspect technique et visuel du tournage. Cette complémentarité a permis un travail fluide et sans tension, chacun respectant les compétences de l’autre, avec un objectif commun : raconter cette histoire avec sincérité et engagement.
Connu pour ses one-man shows et son humour percutant, Redouane Bougheraba joue ici à contre-emploi. Il incarne Kamel, un architecte maghrébin à succès, coupé de ses racines. Pour ce rôle dramatique, il a dû gommer tous ses automatismes de scène. Le tournage n’a laissé place à aucune improvisation – sauf une seule réplique ajoutée dans une scène forte : « Tu crois que papa nous regarde de là-haut ? », que les réalisateurs ont décidé de conserver.
Farida Ouchani a d’abord été considérée comme trop jeune pour incarner Mima, la mère du héros. Mais sa détermination à jouer ce rôle a convaincu les réalisateurs. Elle a accepté d’être vieillie par le maquillage, et a travaillé sa posture, sa voix, sa gestuelle pour composer un personnage crédible.
Ce rôle lui tenait à cœur : comme Mima, elle a fait le voyage France-Maroc chaque été, et voyait dans ce film l’occasion de rendre hommage à sa propre mère et à toutes ces femmes piliers de la mémoire familiale.
Le tournage a eu lieu dans plusieurs pays pour respecter la géographie réelle du voyage : la France, l’Espagne et le Maroc. Les aires de repos espagnoles ont été reconstituées pour certaines scènes, et l’équipe a traversé plusieurs fois le détroit de Gibraltar en ferry entre Tarifa et Tanger pour filmer la scène emblématique de la traversée. L’équipe a aussi tourné à Tanger et dans des villages marocains, rendant l’immersion aussi authentique que possible pour l’équipe et pour les spectateurs.
Dès les premières minutes du film, une chanson du groupe marocain Nass El Ghiwane – surnommé les "Rolling Stones de l’Afrique" par Martin Scorsese – installe une atmosphère chargée de mémoire. Très populaire au Maroc et dans toute l’Afrique du Nord, ce groupe a marqué des générations et fait partie intégrante de l’identité culturelle de nombreux personnages du film. Nabil Aitakkaouali raconte que ses parents écoutaient leurs chansons lors des trajets estivaux, d’où l’émotion de les intégrer à la bande-son.
Sur la route de papa se clôture par de véritables images d’archives de l’INA, montrant ces départs massifs de familles immigrées dans les années 70–80, chargées de victuailles, de cadeaux, de machines à laver parfois, pour revenir au pays l’été. Ces extraits viennent appuyer le propos du film, lui donnant une dimension documentaire et historique. Ce choix, assumé par les deux réalisateurs, traduit leur volonté de faire œuvre de mémoire, et de rendre hommage aux anonymes qui ont traversé cette histoire collective.