Chaque vie est une aventure qui mérite d’être contée
Tout débute avec les photos d'une famille. Une famille inconnue, qu’on a l’impression pourtant de connaître. Au centre : ce garçon. Qui est-il ? Quelle est son histoire ? Et si chaque individu était aussi le héros involontaire d’un conte ? Une enquête familiale vertigineuse, où réalité et fiction se mêlent jusqu’à se confondre parfois…Voilà l’idée simple et un peu folle que Zabou Breitman et Florent Vassault ont eu pour écrire, filmé et photographié ce docu-fiction qui nous convie à un jeu de piste qui nous parle de nos vies, de la mémoire et de l’oubli. Du jamais vu au cinéma.
Durant 97 minutes, ce docu-fiction refuse de rester au niveau de l’anecdote en ouvrant des réflexions vastes et touchantes sur le temps qui passe, le souvenir qu’on laisse derrière soi, ce à quoi se résume une vie, ce qui mérite d’être raconté. On s’y perd parfois un peu, car le film n’est guidé par aucun scénario préalable et se laisse aller au gré des découvertes, - parfois infimes -, pour sortir de quelques impasses et rebondir vers d’autres pistes. Ce film repose sur une idée hybride du cinéma en mêlant étroitement fiction et documentaire. D’ailleurs, nos réalisateurs se sont partagés le travail, elle, la fiction, et lui, la partie documentaire. C’est donc en partant d’un lot de photos, s’étalant des années 40 à 90 que l’enquête a commencé. Pourquoi ce lot de photos trouvées aux Puces ? Parce que chez cet enfant chez cet enfant, il y avait quelque chose de doux, d’attachant, avec peut-être une forme de tristesse. Sur les traces de ce garçon, on part en voyage dans le temps et un peu partout en France, l'Alsace, la Normandie, Paris, et la Bourgogne. Ce n'est qu'au moment du montage que Zabou et Florent se sont retrouvés et ont découvert ce que l'autre avait filmé. C’est sans doute ce qui rend le résultat un peu touffu, mais tout de même passionnant et parfois émouvant. Une vraie curiosité.
Pour le casting côté-fiction, on retrouve Isabelle Nanty, François Berléand, Damien Sobieraff, Nicolas Avinée, Florence Muller. Un exercice d’équilibre joyeusement non identifiable, entre documentaire, fiction et expérimentation, - ça sert aussi à ça le cinéma -, qui nous livre une aventure intime et invite à une réflexion sur ce qui reste de nos existences si précieuses parce que fragiles. Bien que ce soit un film-dispositif, il reste à la fois fascinant et poignant. Le pari fou de partir, non pas d’une page blanche, mais de la photo jaunie d’un inconnu entouré de sa famille. Pari gagné.