Une rencontre avec l’œuvre et l’homme
J’ai connu Monsieur à l’époque où il était encore ouvrier, et où il ne parlait pas le français. Je me souviens d’un jour où, ayant répondu à son bonjour, je lui ai demandé : « Comment allez-vous ? » Il m’avait simplement répondu : « Merci ». Et, dimanche soir, il expliqua que, pour lui à l’époque — comme pour les Iraniens — « merci » était aussi un mot iranien. Cette première rencontre, simple et humble, révélait déjà la délicatesse et la profondeur de son regard sur le monde.
Il devint ensuite l’ami intime de Charles et de Rosette, son barbier matinal, comme il le raconte dans son film. Quel parcours, quelle exemplarité ! Pour moi, il est un véritable alchimiste des couleurs, de la peinture, de la philosophie et de la poésie. Je me souviens encore du tableau de la femme enceinte que l’on aperçoit dans son film, tableau que, faute de place dans sa chambre de bonne, il déposait sur le palier dans les années 90. Cette attention à chaque détail, cette capacité à créer dans la contrainte, témoignent de sa fidélité à son art.
Je revois également ce jeune homme portant une femme sur son dos dans l’escalier : cette femme était Rosette, et ce jeune homme, c’était lui. Quelle fidélité, quelle loyauté ! Cette scène illustre parfaitement la sincérité et la tendresse qui traversent son œuvre. Et, à travers ce geste, se manifeste aussi sa reconnaissance envers sa « Belle-Mère », ou plutôt sa « Mère-Belle » : la France, pays qui, bien que souvent silencieux, a nourri son regard et sa sensibilité.
Son film est merveilleux. Je demeure émerveillé : je vois encore ses images, j’entends toujours sa voix. C’est un cinéaste à part. J’ai appris, auprès de ma voisine, qu’il semble qu’aucun organisme ne l’ait aidé, qu’aucun journal, aucun journaliste ne l’ait soutenu. Et pourtant, sa force reste intacte, son art pleinement vivant. Merci également pour son conseil d’écrire une critique sur Allociné, geste qui traduit son souci de partage.
J’espère de tout cœur que son film — ce film qui, selon lui, appartient à tous — pourra un jour être diffusé à la télévision. Et, en tant qu’ancien étudiant en histoire, quel bonheur que d’avoir redécouvert Marc FERRO à travers son œuvre, ajoutant encore à la profondeur et à la richesse de ce film unique.
En somme, cette œuvre est bien plus qu’un film : c’est un hommage à la fidélité, à la poésie du quotidien et à la capacité de transformer l’ordinaire en extraordinaire.
Un ancien voisin