Biscuit le chien fantastique ressemble à une mauvaise blague… sauf qu’il n’y a justement aucun humour.
On te le vend comme un film pour enfants, avec des dessins “mignons” et un titre qui sent le goûter du mercredi. Et puis tu te retrouves devant un objet bizarre : un film d’action mollasson, agressif dans le ton, gratuitement violent, qui emprunte les codes “adultes” les plus fatigués (tension artificielle, bastons, cris, menaces, méchants caricaturaux) en les collant par-dessus une esthétique enfantine. Résultat : ça ne fonctionne pour personne. Les adultes voient un actioner sans idée, les enfants encaissent une ambiance trop dure, trop nerveuse, trop hostile.
Le plus dérangeant, c’est cette confusion morale : ça tape fort, ça s’énerve, ça aboie au sens figuré comme au propre, et ça prend les jeunes spectateurs pour des éponges à adrénaline. Sauf qu’un film jeunesse n’a pas besoin d’être “gentillet” — il peut être intense — mais il doit être juste, lisible, avec une mise à distance, des respirations, une chaleur. Ici, tout est agressif : le rythme, les dialogues, les enjeux. On dirait un scénario de série B pensé pour des adultes… puis maquillé en dessin animé pour enfants, comme si ça suffisait à le rendre “adapté”.
Et l’écriture… quelle punition. Les répliques tombent à plat, les situations s’enchaînent sans jamais déclencher une vraie émotion ni un sourire. Pas d’esprit, pas de charme, pas de second degré : une autoroute de scènes bruyantes sans relief. Même la promesse implicite — un chien “fantastique”, donc une fantaisie, de l’émerveillement, un imaginaire — est trahie : la “fantaisie” se réduit à un vernis, et le “fantastique” à une excuse pour faire bouger des personnages d’un point A à un point B en gardant la mâchoire serrée.
Et oui : c’est d’autant plus dommage qu’Artus ait prêté sa voix à ça, parce qu’on sait qu’il peut apporter de la chaleur, du timing, de l’humanité. Là, même une voix talentueuse ne peut pas sauver un film qui semble tenir ses spectateurs en joue au lieu de les embarquer.
Au final, Biscuit le chien fantastique donne l’impression d’un produit cynique : un emballage enfantin pour un contenu qui ne respecte ni les enfants, ni les adultes. Une erreur de cible, une erreur de ton, et surtout une erreur de regard. Un film qui confond “énergie” et “agressivité”, “action” et “vacarme”, “jeunesse” et “naïveté”.
Dommage, vraiment — mais surtout, inquiétant qu’on ait pu le présenter comme “jeune public” sans se demander une seconde ce que ça implique.