Le projet Julian a germé dès l'instant où Cato Kusters a lu le livre du même nom qui l'a profondément marquée. Après avoir terminé sa lecture, la réalisatrice a rencontré l'auteure Fleur Pierets, renforçant son envie d'adapter cette histoire à l'écran : "Fleur venait de sortir son livre, elle faisait une tournée promotionnelle en Flandre et passait à la radio dans une émission que j’écoutais assez souvent. Je conduisais ma voiture quand je l’ai entendue."
"Je ne savais pas qui elle était, donc elle n’avait pas encore de visage pour moi. Elle a un look très particulier et des yeux incroyables, des cheveux roux incroyables et des tatouages incroyables. Découvrir à quoi elle ressemblait après a été très fort. Mais au début, elle n’était qu’une voix, et elle parlait simplement d’elle et de Julian. Elles sont immédiatement devenues des êtres fantastiques dans mon imagination", se rappelle Cato Kusters, en poursuivant :
"La façon dont elle parlait de leur amour, de leur projet et de la folie dans laquelle elles ont vécu. J’ai trouvé cela incroyablement beau. J’ai dû garer ma voiture sur le bord de la route parce que je pleurais, mais en silence."
L'un des choix du film réside dans sa narration non linéaire, fidèle à la structure du livre. Depuis la première page, l'auteure a choisi de révéler des points clés de l'intrigue dès le début, créant ainsi une tension dramatique constante. "Cela produit une conscience extrême de la notion de temps", explique Cato Kusters. Ce procédé narratif accentue l'urgence et l'intensité des émotions, offrant une expérience cinématique qui fusionne vie et mort en un tout indissociable.
Le tournage a intégré une dimension de found footage en laissant les acteurs se filmer mutuellement, une pratique inspirée de leur équivalent dans le livre. Ces "souvenirs matérialisés" reflètent une mémoire non linéaire, capturant des moments spontanés et naturels. Les actrices Nina Meurisse et Laurence Roothooft, amusées par cette liberté, ont continué à créer du contenu même hors caméra, contribuant ainsi à enrichir le montage final. Cette approche a permis de révéler les personnages dans une forme la plus pure.
Cato Kusters a eu un véritable coup de foudre artistique en découvrant Nina Meurisse dans le film Ravissement porté par Hafsia Herzi et Alexis Manenti (elle y campe la meilleure amie de cette dernière). Impressionné par sa performance, il l’a invitée à Bruxelles sur un simple "intuition". Lors de sa rencontre avec Laureen, une synergie immédiate s’est créée, décrite comme un moment où tout le monde a su que "c’est exactement ce que nous recherchions". Ces moments de connexion intense ont contribué à forger une dynamique unique entre les actrices, captant l’esprit du film.
À la fin du film, Cato Kusters a choisi d'afficher le nombre de pays qui autorisent les mariages entre personnes du même sexe dans le monde. Il explique : "C’est drôle, car chaque endroit où nous allons, les réactions sont différentes. C’est aussi très intéressant de mesurer le climat local. En montrant ce film, nous avons constaté des réactions très différentes en Belgique et aux Pays-Bas. À Toronto, les gens étaient extrêmement mobilisés car c’est un pays qui craint vraiment d’être colonisé par les États-Unis et de voir toutes ses valeurs disparaître."
"Cela les a vraiment mobilisés et leur a donné à la fois de l’espoir et de la colère. Aux Pays-Bas, c’est plutôt un public queer très positif qui a réagi. En Belgique, l’accent a été davantage mis sur la partie concernant le deuil ce qui donne l’impression que c’est quelque chose qui, ici, n’est pas très préoccupant. L’aspect LGBTQ n’est pas une grande préoccupation, alors qu’il devrait l’être. Mais c’était intéressant à voir."