Dans Songe, le propos de Rashid Masharawi ne passe pas par l'indignation ni par la colère mais par des armes qui se révèlent tout aussi efficaces, celles de l'amertume et de l'ironie, au regard du quotidien du peuple palestinien. La ligne directrice du scénario est bien humble en apparence, soit la quête d'un jeune garçon pour retrouver son pigeon qui s'est envolé mais ce n'est bien entendu qu'un prétexte pour nous faire voyager, de l'aube à la nuit, d'un camp de réfugiés en Cisjordanie à Haïfa, en passant par Bethléem et Jérusalem. Un périple dans un combi Volkswagen brinquebalant qui donne lieu à des rencontres inopinées, des explications familiales, des moments de tendresse et de solidarité, mais aussi des contrôles humiliants aux Checkpoints et une certaine idée de la paranoïa ambiante chez "l'occupant" israélien. Si le film s'intitule Songe, c'est sans doute, qu'à l'instar du pigeon disparu, l'espoir d'un futur sans contraintes ni affronts, vers une liberté chérie, reste toujours vivace chez les Palestiniens. Les films passés de Elia Suleiman l'ont démontré avec un sens du burlesque sans équivalent mais Songe, en toute modestie et douceur, contribue à dresser un état des lieux des plus objectifs, sans chercher à susciter une quelconque polémique.
Film agréable et porteur de nombreux messages. Le déroulement de l’histoire, banale au début, monte en intensité au fil des rencontres et des obstacles qu’il faut contourner. A travers leurs échanges les personnages prennent peu à peu de l’épaisseur. Le réalisateur montre avec un grande subtilité la pesanteur de la colonisation et la souffrance infligée par la privation de liberté et l’expropriation galopante. L’ensemble est traité de façon poétique, avec de très belles images des villes palestiniennes traversées. Un film à voir sans aucune réserve, beau et émouvant, qui donne à réfléchir.