On est toujours un peu paumé quand on débarque dans une superproduction, qu’elle soit animée ou pas, en provenance de l’empire du Milieu. Cependant, à force de bouffer du Wu xia pan plus ou moins fantastique à toutes les sauces, j’ai fini par me former une vision parcellaire de la mythologie et du folklore semi-légendaire chinois, et j’ai un peu moins l’impression de débarquer en terre inconnue. Evidemment, c’est riche, complexe, je ne parviens pas vraiment à établir le lien avec ‘L’investiture des dieux”, un récit cosmogonique et classique de la littérature traditionnelle qui a donné lieu à un faramineux blockbuster l’an dernier et dont ‘Ne zha’ serait lui aussi inspiré…mais ce dernier, sans doute parce qu’il s’agit d’un film d’animation, m’a semblé moins abscon, alors même qu’il s’agit d’une suite dont je n’ai pas vu le premier volet. Peut-être que je vais dire une grosse connerie mais finalement, j’ai trouvé pas mal de points de rapprochements avec les différents arcs de ‘Dragon ball’, originellement basé, je le rappelle, sur ‘La pérégrination vers l’Ouest’, autre récit fondateur de la littérature chinoise : le petit héros sauvageon, un peu grotesque et colérique, le nuage volant, les dragons, sa transformation finale en “Super-Nezha”,...ce sont là des motifs culturels plus que des clins d’oeil mais je me suis quand même senti un peu moins exclu. Cependant, il ne s’agit pas que d’une question d’accessibilité : aussi fouilli et compliqué qu’il paraîtra malgré tout aux yeux du néophyte, ‘Ne zha 2’ est un film d’animation d’essence supérieure, avec des morceaux de bravoure visuellement extraordinaires, de titanesques affrontements au sommet, des décors somptueux et un sens de l’épopée qui fait mouche, qu’on comprenne quelque chose à la mythologie chinoise ou pas. Evidemment, personne n’est obligé d’adhérer aux sagas légendaires et surnaturelles orientales mais d’un point de vue technique et en matière d’animation numérique “semi-réaliste” (domaine où la concurrence occidentale ne s’aventure guère), ‘Ne zha’ vient juste d’enfoncer tous ces concurrents passés et à venir pour l’année en cours. D’autre part, jusqu’à aujourd’hui, les productions animées chinoises, même les plus au top visuellement, souffraient toujours d’un décalage culturel plus ou moins important avec les codes auxquels le public international est habitué, que ces codes concernent l’action, l’humour ou les émotions : tel gag ne parvenait pas à imiter le burlesque d’un cartoon, tel personnage réagissait d’une manière imprévue à une situation archétypale, etc…Même dans ce domaine, ‘Ne zha 2’ marque une rupture tant il a assimilé tout cela à la perfection : c’est la première fois que je rigole sans me forcer devant une production chinoise. Si on avait besoin d’une allégorie de la position qu’occupe désormais la Chine sur le plan international, au coude à coude avec les anciens dominants, en phase ascendante et avec encore une solide marge de progression, ‘Ne zha 2’ tiendrait idéalement ce rôle.