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Thierry Delarue
4 abonnés
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3,0
Publiée le 2 juillet 2026
Très graphique ce cinéma japonais qui rend hommage à sa culture artistique. Lenteur et beauté s'harmonisent et nous font entrer dans ce film comme dans un conte légendaire. Comme Kikuo vous allez être happer par le théâtre japonais et son écouvrez un autre monde, une autre culture ancestrale. Depuis le XVIIᵉ siècle, les femmes étant interdites de scène au Japon, les rôles féminins ont été confiés à des hommes. Les onnagata consacrent leur vie à perfectionner l'art d'incarner la féminité : démarche, posture, voix, gestes, expressions et danse. Leur objectif n'est pas d'imiter une femme de façon réaliste, mais de représenter un idéal artistique de la féminité, propre aux conventions du kabuki. De nombreux onnagata sont issus de grandes lignées d'acteurs et commencent leur formation dès l'enfance. Dans Le Maître du Kabuki, ce statut est central, car il demande une discipline extrême et une identité artistique très forte. Le personnage principal ne se contente pas de « jouer une femme » : il incarne une tradition séculaire où l'art prime sur le réalisme. Ce rôle est considéré comme l'une des spécialités les plus prestigieuses du théâtre kabuki, et certains onnagata sont devenus de véritables légendes de cet art. Mon œil européen a bien du mal à s'y faire à ces visages immaculés de blanc, maquillés à outrance ne laissant aucune marque d’expression sur les visages. Ils me feraient même presque peur !! Kikuo est adopté et appartiennent à la Maison Hanba-ya. Ce ne sont pas seulement des familles biologiques, mais de véritables lignées artistiques, chaque maison possédant un nom prestigieux, transmet un style de jeu particulier, forme les jeunes acteurs dès leur enfance (ou adopte parfois un disciple talentueux), protège sa réputation, bâtie sur plusieurs siècles. C'est très complexe et très hiérarchisé. Alors vous comprenez quand Kikuo Tachibana, après des années d'apprentissage, reçoit successivement les noms Hanai Toichiro, puis Hanai Hanjiro II et est désigné comme son digne successeur par Hanjiro lui même, la honte qui s’abat sur le reste de la famille !! Bon vous l'avez compris c'est japonisant à souhait, long et compliqué, mais beau. Toujours est-il que pour parvenir à ce statut suprême de trésor national vivant Kikuo a vendu son âme au diable. Kikuo ne conclut pas un pacte littéral avec le diable : il exprime sa volonté de sacrifier tout le reste (amour, famille, bonheur, identité) pour devenir le plus grand Onnagata. Ce qui est intéressant dans Le Maître du Kabuki, c'est que le « diable » est avant tout une métaphore. Kikuo ne renonce pas seulement à son bonheur : il accepte de laisser mourir une partie de lui-même pour que seul subsiste l'artiste. À cet égard, le film est peut-être plus proche de Black Swan ou de Whiplash que de Faust : le véritable démon est l'obsession de la perfection. On peut aussi voir un parallèle avec Le Prestige, où deux illusionnistes sacrifient leur vie, leurs proches et même leur identité pour devenir le plus grand magicien de leur époque. Dans ces récits, comme pour Kikuo, la question centrale est toujours la même : jusqu'où est-on prêt à aller pour devenir un maître absolu de son art ?
Beau, triste et mélancolique, Le Maître du Kabuki raconte avec cruauté le destin d’un homme dévoré par son ambition, dans un monde fermé où le sang pèse parfois plus que le talent.
J'ai adoré. Je suis loin d'être une spécialiste du kabuki, mais il y a quelques années, j'ai lu la série manga "le chemin des fleurs". J'en ai gardé une forte impression. C'est ce qui m'a donné envie de voir ce film et m'a permis d'en apprécier toute la beauté. Grâce au manga (dont le film est très similaire d'ailleurs), j'avais toutes les références utiles (voire nécessaires) à la bonne compréhension du film (aussi bien pour les termes que dans sa philosophie). Je n'ai pas vu passer les 3 heures ^^