Entre les liens du sang et les liens de la morale, il faut parfois choisir.
Entre idéalisation et cas de conscience, un premier film allemand (écrit, réalisé et produit principalement par des femmes) qui évite le manichéisme facile, mais manquant de rythme et d'une véritable incarnation pour vraiment me convaincre et m'embarquer dans ce sujet pourtant très intéressant et pouvant résonner en chacun de nous qui avons un frère ou une sœur.
L’allemande Sarah Miro Fischer nous propose ici son 1er film. Un drame de 93 minutes entièrement focalisé sur le dilemme intérieur et cruel vécu par une jeune femme dont la vie est en train de basculer au moment où commence l’histoire. Rose est très proche de son frère aîné Sam, qu’elle adore. Lorsqu’une femme accuse Sam de viol, Rose est appelée à témoigner dans le cadre d’une enquête menée à son encontre. Pour raconter une histoire au cinéma, tout est permis : soit partager plusieurs perspectives ou explorer principalement un seul point de vue, sans souci d’objectivité. C’est ce parti qui a été pris par la jeune réalisatrice qui a, elle-même, été victime de violences sexuelles. Un film troublant à bien des égards. La réalisatrice a décidé de mettre en scène la relation entre un frère et une sœur, soit deux individus qui partagent énormément de choses : les mêmes parents, la même classe sociale, la même éducation, et le fait de grandir au même endroit. Mais, quand le frère de l’héroïne est accusé d’un crime, c'est tout son univers qu’elle doit réévaluer, avec cette question lancinante : si on ne peut pas faire confiance à sa chair, son sang, à qui peut-on se fier ? La cinéaste explique : Lorsque des personnes que l’on aime sont accusées, on pensera qu'il s'agit d'un malentendu ou que quelque chose n’est pas clair au niveau de la victime. Le fait est que cela peut arriver à n'importe qui, une personne lambda, pas seulement un inconnu effrayant dans une ruelle. Certaines scènes s'imposent par leurs silences pesants, mais frustrent parfois par leur côté inabouti, comme s'il fallait absolument laisser la place à l'imagination, ce qui n'est pas en soi un défaut, mais peut le devenir quand le procédé est systématique. Ce qui est souvent le cas en l’occurrence. Même si la conclusion du film sonne comme une concession à la morale et pas forcément très crédible à ce stade de la progression psychologique de cette sœur désemparée. Mais ladite conclusion est de fait un commencement et est prête à la discussion et ne dépare pas dans une œuvre riche en questionnements de tous ordres. La caméra, totalement rivée à une jeune actrice allemande remarquable, Marie Bloching, interroge la place des femmes autour du frère : sa mère, sa compagne, sa sœur, des figures d’autant plus intéressantes qu’elles déploient un don pour l’empathie et la protection. Tout ce petit monde est remarquablement incarné par Anton Weil, Prochat Madani, Laura Balzer etc. Mieux qu’intéressant, je le répète, voilà un film aussi modeste que malaisant et dérangeant. Osez, car une fois de plus le cinéma venu d’Allemagne est en pleine forme.
Un sujet intéressant et brûlant d’actualité, un point de vue original mais pourtant Sarah Miro Fischer ne parvient jamais à emporter le spectateur avec elle dans son récit. Rose reçoit un courrier : il faut qu'elle aille témoigner dans une affaire de viol impliquant son frère avec qui elle vit et surtout qu'elle adore par-dessus tout. Eh oui, dans les histoire de viols, le film est bien souvent du point de vue de la victime, ce qui n'est pas une critique hein, loin de là, mais ici, la caméra place le point de vue du côté de la sœur de l'auteur de cet odieux crime. La question étant alors de savoir si elle va arriver à dissocier l'amour qu'elle porte à son frère au crime qu'il a commis. Et, encore une fois, c'est particulièrement intéressant... mais très mal exécuté ! On a ici le syndrome du premier film : vouloir en faire des caisses dans une certaine veine auteuriste pour être reconnu dans un espèce de cercle qui ne serait réservé qu'à des bobs intellos. Et puis alors comme c'est un sujet grave, tout doit être absolument grave. Du jeu des acteurs à la mise en scène, tout est lourd. Certes, on a besoin de ressentir une pesanteur émotionnelle, celle de l'héroïne écrasée sous le poids des révélations et de l'acceptation de la vérité tout en voulant continuer d'aimer son frère mais la réalisatrice en fait des caisses à la réalisation, comme des grands moments de silence, des enchainements de plans sur les tâches du quotidien, bref autant de poncifs que l'on peut retrouver dans des court-métrages étudiants. Et puis, en plus de ça, je trouve que la réalisatrice passe complètement à côté de son sujet. Alors effectivement, son héroïne tire la gueule pendant une heure et demi, se remet en question ainsi que son rapport au corps mais du coup, la relation avec le frère se résume en trois scènes. Bref, "The Good Sister" a essayé, a raté ; enfin visiblement pas auprès de tout le monde puisque le film bénéficie pour l'instant de notes élogieuses. Peut-être n'ai-je pas su lire entre les lignes...
Avec The Good Sister, Sarah Miro Fischer choisit une position particulièrement inconfortable : Rose n'est ni la victime ni l'auteur du viol, elle est la sœur. Celle qui connaît Sam depuis toujours, qui s'est construite en partie avec lui et qui doit soudain envisager qu'un homme aimant avec elle puisse avoir été violent avec une autre femme. Le problème est là, brutal, presque insoluble. On aimerait que les monstres aient une tête de monstre, une musique inquiétante et éventuellement une pancarte. Sam n'a rien de tout cela. C'est son frère.
Dès le début, quelque chose dérange pourtant dans leur relation. Elle n'est pas fusionnelle, pourtant certains gestes, cette proximité physique et la dépendance affective de Rose créent un léger malaise. Rien de suffisamment explicite pour être désigné, juste cette sensation que les frontières ne sont jamais complètement nettes. Lorsque l'accusation arrive, le film oblige alors à regarder autrement ce qui semblait banal. Les espaces se resserrent mentalement, les gestes changent de sens, le familier devient suspect. C'est aussi ce que vit Rose : elle ne découvre pas un nouveau Sam, elle doit faire cohabiter deux Sam dans sa tête.
La scène où elle reproduit avec son nouveau copain les mots « tu veux me baiser » est probablement la plus troublante dans ce mécanisme. Rose transforme ce qu'elle ne peut pas comprendre en expérience corporelle. Elle rejoue, teste, cherche presque à installer la scène en elle pour lui donner une représentation. C'est maladroit, malsain, humain aussi. Face à l'impensable, le psychisme cherche parfois moins une explication qu'une forme permettant simplement de penser l'événement.
Puis Sam revient et le doute finit par céder. Il se qualifie lui-même de monstre, s'est coupé les cheveux, a pris un avocat, s'est soumis à la procédure. La justice peut pourtant terminer son travail sans remettre les compteurs psychiques à zéro. « Je ne peux pas revenir en arrière ». Voilà peut-être le véritable point de bascule de The Good Sister : il n'existe plus d'avant où retourner. Rose doit vivre avec ce qu'elle sait, Sam avec ce qu'il a fait. Et l'affection familiale, cette chose socialement présentée comme inconditionnelle, découvre soudain une condition qu'aucun repas de Noël ne peut vraiment résoudre.
En abordant un sujet très délicat, la réalisatrice et scénariste Maria Fischer trouve le juste équilibre et traite avec beaucoup de finesse et de délicatesse la relation entre ce frère et sa soeur confronté à un conflit interne insoutenable. Malgré quelques longueurs, « the good sister » réussit son pari casse gueule de prendre le point de vue d’un agresseur sans le victimiser.
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3,0
Publiée le 14 juin 2026
Lorsque son frère, Sam, est accusé de viol, Rose est appelée à témoigner dans le cadre de l'enquête. Une situation inconfortable en tant que sœur, mais aussi en tant que femme. La plupart des gens ont des valeurs qui ont tendance à disparaître quand cela concerne leurs proches, et c'est tout le dilemme auquel est confrontée la jeune femme. Doit-elle faire confiance à son frère ou croire la victime potentielle ? Sarah Miro Fischer montre au spectateur ce que Rose voit cette nuit-là, pour que l'on se mette à sa place. Un conflit intérieur qui fragilise sa relation fusionnelle avec son frère et la pousse à se questionner sur son intégrité morale et ses convictions. Un poids émotionnel lourd à porter en raison de la responsabilité qui pèse sur ses épaules. Ce tourment psychologique est traité de façon subtile et nuancée, mais jusqu'à un certain point seulement. Je n'ai pas forcément accroché spoiler: à la dernière partie quand elle commence à se soumettre à un transfert. J'ai trouvé ces scènes-là étranges et pas forcément dans l'esprit du reste du film. Au final, un drame sobre qui doit beaucoup à une remarquable Marie Bloching.
Pour raconter une histoire au cinéma, tout est permis : soit partager plusieurs perspectives ou explorer principalement un seul point de vue, en n'écartant pas sa subjectivité. Ainsi en est-il de The Good Sister, le premier long métrage de la jeune réalisatrice allemande Sarah Miro Fischer. Le film est centré sur le dilemme moral de son personnage principal, Rose, amenée à témoigner face à l'accusation de viol auquel est confronté son frère bien-aimé. Sujet délicat, que traite la réalisatrice avec doigté, mais peut-être pas avec assez de profondeur, rejetant d'ailleurs la victime dans l'ombre. Certaines scènes s'imposent par leurs zones de silence, mais frustrent parfois par leur côté inabouti, comme s'il fallait absolument laisser la place à l'imagination, ce qui n'est pas en soi un défaut, mais peut le devenir quand le procédé est systématique. La mise en scène manque volontairement d'ampleur et se caractérise par un usage immodéré de gros plans de son héroïne, incarnée, il faut le reconnaître, par une excellente actrice, Marie Loching, encore peu connue hors d'Allemagne.spoiler: Le choix que Rose fait lors de la conclusion du film semble quant à lui une concession à la morale et pas nécessairement crédible à ce stade de la progression psychologique de cette sœur désemparée. Mais cette conclusion, qui est de fait un commencement, est de celles qui prêtent à la discussion et ne dépare pas dans une œuvre riche en questionnements de tous ordres.