Tout comme l’abbé de Vilecourt (Bernard Giraudeau), dans « Ridicule » (1996) de Patrice Lecomte, qui pouvait démontrer, devant Louis XVI, l’existence de Dieu, mais aussi l’inverse, on peut argumenter contre ce film et démontrer l’inverse. L’inspiration par une histoire vraie n’est pas forcément un gage de qualité : on connait la fin et la fiction est parfois meilleure que la réalité. Comme disait l’écrivain et scénariste Henri Jeanson (1900-1970), « on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments », le film coche également cette case et on pourrait s’attendre à un téléfilm façon « Joséphine, ange gardien ». Cela n’est pas le 1er film sur le handicap [cf. « « Le huitième jour » (1996) de Jacob Van Dormael, « Intouchables » et « Hors normes » (2019) d’Olivier Nakache et Éric Toledano, « Un p’tit truc en plus » (2024) d’Artus] mais il apporte un regard sur un polyhandicapé, Philippe Croizon, devenu amputé des 4 membres à la suite l’une électrocution (
contact de son antenne TV avec une ligne électrique de 20 000 V
). On peut discuter de la valeur du dépassement de soi et des actes « inutiles », tels que traverser la Manche à la nage [y compris par un non-handicapé (
Philippe Croizan fut le 1er quadri-amputé à réussir, le 18 septembre 2010, en 13h26
)] ou enchainer l’ascension de plusieurs sommets alpins en un minimum de temps, etc. A chacun son aliénation ou son moteur pour continuer à vivre. Qu’importe le chemin qui mène à la résilience. En fait, quels que soient les arguments, le film tient la route car « la mayonnaise prend ». D’abord parce que le rôle principal est joué par un polyhandicapé, Pierre Rabine (27 ans), nageur handisport vendéen, lui aussi amputé des 4 membres après une électrocution, à 19 ans, par une ligne haute tension de 63 000 volts. L’absence d’effets spéciaux rend plus crédible et plus émouvant le récit. On se doute que le tournage n’a pas toujours été facile, notamment en mer. Un telle vérité était présente dans « La monstrueuse parade » (1932) de l’Américain Tod Browning, plaidoyer en faveur des personnes atteintes de malformations, plus humaines que d’autres, qualifiées de « normales ». Le film aborde aussi la toxicité masculine à travers l’ex-mari de Susana, éleveuse de chèvres et amoureuse de Philippe Croizon, et qui est interprétée avec justesse, délicatesse et sans mièvrerie par la Franco-Australienne Lily-Fleur Pointeaux (36 ans). Sans oublier 3 seconds rôles, justes et sobres, Sandrine Bonnaire (59 ans), aide de vie, Corinne Masiero (62 ans), maitresse-nageuse et Pierre Deladonchamps (48 ans), médecin. Sur le fil du rasoir, sans pathos, le film est proche de la série télévisée, « Vestiaires » (2017), où 2 personnes handicapées sont les personnages principaux et où même Philippe Croizon a fait des apparitions.