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Leniod
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4,0
Publiée le 10 décembre 2025
Documentaire, à la manière de "Dans la chambre de Vanda" (2000) de Pedro Costa, sur une famille dysfonctionnelle d'Américains blancs vivant, depuis plus d'une décennie, dans la promiscuité d'une chambre d'un hôtel miteux d'une ville indéterminée.
D'après les titres, on peut déduire que c'est tourné les mois précédant la pandémie et ses confinements. En fait, pendant trois ans, selon un entretien. La cinéaste (norvégienne) a attendu la majorité de l'enfant pour avoir son accord en tant qu'adulte. C'est lui qui introduit au début, à l'âge de 17 ans.
L'absence d'explication ou de voix-off peut paraître subtile, mais le spectateur aurait voulu apprendre comment finalement spoiler: un vrai logement est finalement trouvé à la fin (et pourquoi pas avant ?)
Mikal à 12 ans et vit avec ses parents, entassés dans un hôtel miteux de Portland, à défaut d’avoir un "vrai" logement. Tonya sa mère et Jason son père sont tous les deux alcooliques et ne s’en cachent même plus. Au milieu de ce chaos, Mikal tente du mieux qu’il peut de survivre…
Monica Strømdahl dresse ici un très beau portrait, touchant et empathique sur ce jeune garçon contraint et forcé de devoir vivre au milieu de la pauvreté et de la toxicomanie dans un hôtel bon marché (il n’a connu que ça depuis qu’il est né). Entre rêves d’ailleurs et désespoir, il ne trouve du réconfort qu’aux côtés de Smokey son chat.
« Le taux de pauvreté officiel aux États-Unis est de 11,5%, ce qui correspond à environ 34 millions de personnes. »
Ça a été un travail de longue haleine pour la réalisatrice norvégienne de se faire accepter au sein de l’hôtel, puis au sein de cette petite famille. Ce qui n’était alors qu’un travail photographique s’est mué en long-métrage documentaire. Pendant 3 ans, elle a filmé le quotidien de Mikal, Tonya & Jason dans le huis clos de leur chambre d’hôtel (il est de plus en plus fréquent aux États-Unis que des familles se retrouvent à vivre dans des hôtels ou des motels durant de longues périodes, faute de logements abordables).
« Environ un enfant sur dix (soit quelque 7,5 millions) vit dans un ménage dont au moins un des parents est alcoolique. »
Le film n’est pas voyeuriste ou malsain, bien au contraire, on y découvre des personnes qui s’aiment et ce, malgré un contexte très difficile et des conflits liés à la promiscuité et l’alcool. Elle nous livre un témoignage précieux sur toute une frange de la population américaine dont on ne parle peu.
Il n’y a pas de violence spectaculaire dans ce documentaire. Pas de cris, pas de coups, pas de scènes destinées à choquer. Pendant plusieurs années, la photographe et réalisatrice Monica Strømdahl a partagé le quotidien de Mikal, 12 ans, de ses parents alcooliques, Tanya et Jason, et de leur chat dans une chambre d’hôtel miteuse de Portland, en Oregon. Une pièce unique qui fait office de salon, de cuisine, de chambre à coucher et, surtout, de dernier refuge.
Le père et la mère survivent sous le seuil de pauvreté. L’alcool a depuis longtemps rongé leurs espoirs, leurs projets et leur capacité à offrir une vie stable à leur fils.
La grande réussite du documentaire de Monica Strømdahl est de filmer cette misère en gardant toujours la bonne distance. Les plans serrés captent l’exiguïté du lieu, la promiscuité, le manque d’intimité, mais aussi l’absence d’hygiène, avec une baignoire qui sert aussi bien à prendre un bain qu’à laver la vaisselle.
Avec sa caméra, dans un cadre très photographique, elle capte les visages, les silences, la solitude, les gestes du quotidien, mais aussi le désarroi de ce gamin de 12 ans et l’addiction des parents, avec beaucoup de pudeur.
Comme souvent dans les familles dévorées par l’alcoolisme, l’enfant paraît plus adulte que ses parents. Fatigué, lucide, parfois désabusé, il porte sur ses épaules des responsabilités qui ne devraient jamais être celles d’un garçon de son âge. Ses mots, d’une étonnante maturité, traduisent mieux que n’importe quel discours l’impasse dans laquelle il se trouve.
Au-delà de cette histoire intime, le documentaire révèle une réalité plus vaste : celle de millions d’Américains exclus du rêve américain. En donnant un visage à cette précarité invisible, Monica Strømdahl signe un documentaire édifiant. /