« Loin de moi la colère », Tchémouénia en guéré, est le nom de baptême donné à l’héroïne de ce documentaire, Josiane dite « maman Jo ». Cette veuve s’est donné une mission : aider à rétablir la concorde au sein d’une population divisée, celle de sa région natale, située dans l’Ouest montagneux de la Côte d’Ivoire, à la frontière du Libéria.
Elle va de village en village, à la rencontre de ses habitants, pour recueillir leurs témoignages, souvent déchirants, sur les épreuves qu’ils ont traversées, les drames qu’ils ont vécus, et pour les inviter à pardonner et à réapprendre à vivre ensemble. Tous ensemble, ils construisent un "apatam", une case circulaire sous laquelle les habitants pourront se retrouver.
La figure de « maman Jo » est admirable. Elle inspire le respect. Sa démarche est remarquable. L’amour qu’elle manifeste à sa petite-fille, à laquelle elle a transmis son nom, en la talquant, en l’enduisant de beurre de karité, est émouvant.
Mais cette accumulation de bons sentiments ne suffit pas à faire un film. Joël Akafou ("Traverser") ne facilite pas la tâche des spectateurs en ne contextualisant pas la situation politique de l’Ouest ivoirien et les affrontements qui y ont fait rage (en 2000 ? en 2011 ?). Ce documentaire, trop bavard, devient vite incompréhensible.
Un film juste et puissant, où la colère se transforme en parole, et la douleur en dignité. Joël Akafou nous offre un documentaire rare, où l’humanité résiste à la barbarie avec une élégance discrète et une force tranquille.