Pour élaborer le scénario de Salvation, le réalisateur Emin Alper s'est inspiré d'un drame survenu en 2009 dans un village kurde du sud-est de la Turquie. Lors d'une cérémonie de mariage, un groupe de gardiens de village y avait massacré quarante-quatre personnes. Le cinéaste ne souhaitait pas faire une reconstitution exacte, mais s'en servir comme point de départ pour étudier les comportements humains :
« Je voulais simplement prendre cet événement comme point de départ et construire une sorte de laboratoire psychologique dans lequel je pourrais observer comment la peur, la paranoïa et les luttes de pouvoir peuvent conduire une petite communauté au bord de la folie. »
Pour constituer sa distribution, Emin Alper a privilégié lors des auditions des comédiens capables de parler kurde et familiers de la région. Le réalisateur en a profité pour retrouver des visages connus, notamment Berkay Ateş (qui incarne Yılmaz). Les deux hommes avaient déjà collaboré sur le film Abluka : Suspicions en 2015, rôle pour lequel l'acteur avait d'ailleurs remporté le prix de la révélation masculine au Festival du film d'Adana.
Le tournage s'est déroulé dans le sud-est de la Turquie, entre les régions de Batman et de Mardin. Si Emin Alper a déniché un vieux village de pierre perché sur une colline à Batman, il manquait un élément fondamental au récit : un village voisin situé en contrebas dans la plaine. L'équipe de production a résolu le problème en filmant un second village près de Mardin, puis en le déplaçant numériquement à l'écran pour l'intégrer au paysage de la plaine.
La géographie des lieux de tournage a directement influencé l'écriture du script. La maison du personnage de Mesut, dénichée par l'équipe, était en effet une demeure singulière bordée d'escaliers labyrinthiques. Séduit par l'architecture du lieu, le metteur en scène a décidé de modifier et de réécrire plusieurs séquences sur place afin de tirer pleinement parti du décor et de l'atmosphère unique qu'il offrait aux scènes.
Pour la musique de Salvation, Emin Alper s'est associé au compositeur Christiaan Verbeek. Les deux hommes ont collaboré très tôt, échangeant leurs propositions musicales au fil des étapes du montage avant de se retrouver à Amsterdam pour le mixage sonore. C'est au cours de leurs recherches d'ambiances à la fois entraînantes et inquiétantes qu'ils ont intégré des sonorités inédites, comme le cor tibétain, qui a transformé la couleur sonore de plusieurs séquences.
Contrairement à des tournages où l'improvisation prime sur le plateau, Emin Alper a privilégié une préparation minutieuse en amont. Toutes les scènes de débats et d'échanges d'idées entre les villageois ont été longuement travaillées à la table et répétées avec les comédiens. Ces séances de travail avant tournage ont permis au réalisateur d'affiner ses dialogues et de réécrire certaines séquences en tenant compte des retours et des propositions de ses interprètes.