Magellan est un très, très long film de Lav Diaz qui revisite de manière originale un épisode pourtant bien connu de l’histoire. À travers une approche clairement postcoloniale, le réalisateur déconstruit la figure du « héros des grandes navigations » pour replacer l’expédition de Magellan dans son contexte réel : celui de la conquête, de la domination et de la violence.
L’époque des découvertes, on le sait, ne se résume pas à l’ouverture du « Nouveau Monde ». Elle fut aussi le moment où l’Occident a imposé sa foi, sa vision du monde et son pouvoir, souvent de façon brutale, au reste de l’humanité. Le film explore aussi très finement la rivalité entre le Portugal et l’Espagne, incarnée par Magellan lui-même (interprété par Gael García Bernal), qui parle tantôt portugais, tantôt espagnol. Son ressentiment envers Manuel I de Portugal l’amène à se tourner vers la couronne espagnole, et cette ambiguïté traverse tout le film : conflits internes, suspicion permanente, absence totale de confiance de la part de l’équipage.
Fait intéressant, c’est finalement la guerre contre les « sauvages » du Nouveau Monde — ici aux Philippines — qui unit provisoirement les marins portugais et espagnols, révélant la logique coloniale commune derrière les rivalités européennes.
Comme beaucoup l’ont déjà signalé, le film est extrêmement long, et ce choix est pleinement assumé par Lav Diaz : il fait partie intégrante de son esthétique. Personnellement, même avec des repères historiques et quelques clés de lecture, j’ai trouvé l’expérience lourde, parfois éprouvante. Je comprends ceux qui parlent d’un film prétentieux : il demande énormément au spectateur sans toujours offrir en retour une vraie récompense, ni esthétique, ni émotionnelle, ni narrative.
Oui, l’histoire des grandes navigations est une histoire de sang et de violence, personne n’en doute. Mais aborder ce sujet avec lucidité historique n’oblige pas forcément à renoncer à l’art de raconter, d’émouvoir, de marquer durablement. Aussi cohérent soit-il avec l’œuvre de son réalisateur, Magellan finit par pécher là-dessus : il peine à captiver, à toucher, à transmettre sa dénonciation de manière vraiment percutante.
Si l’intention était de dénoncer les violences de la colonisation européenne, le résultat interroge quand une partie de la salle songe surtout à se lever et à quitter la projection avant la fin.