Le Gâteau du Président est une rareté. Récompensé de la Caméra d’Or (meilleur premier film) au festival de Cannes, c’est un des très rares films irakiens à parvenir jusqu’à nos salles. Et effectivement, pour un premier film, c’est bluffant.
Dans l’Irak du début des années 1990, comme dans toutes les écoles du pays, une petite fille est tirée au sort pour préparer le gâteau célébrant l’anniversaire du Raïs Saddam Hussein. Un honneur qui sonne comme une véritable malédiction. Car dans un pays victime tout à la fois d’un régime autoritaire, des bombes américaines et d’un embargo international qui provoque des pénuries monstres, on manque de tout. Lamia vit seule avec sa grand-mère, sans le sou, dans les marais du sud de l’Irak et se lance alors dans une folle aventure : trouver des oeufs, du sucre et de la farine, des produits devenus quasiment inaccessibles.
C’est à travers cette quête que ce film met en lumière une situation largement méconnue : le quotidien des Irakiens à cette période. En cela, il offre un contrechamp à la représentation habituelle de l’Irak : celle des films de guerre hollywoodiens. Il décrit donc le fonctionnement de cette société, ses mécanismes de survie, sa corruption. La reconstitution est remarquable, dégage une vraie authenticité qui est renforcée par un tournage intégralement en Irak et des acteurs, tous des amateurs repérés dans la rue, tous bluffants.
Mais ce n’est pas qu’un film naturaliste. En adoptant le regard d’une enfant, Hasan Hadi transforme ce récit en une fable, profondément poétique. Visuellement d’abord : ces paysages de marakis irakiens offrent un décor de cinéma totalement inédit, hors du temps, à la beauté mystique. Un territoire jamais vu au cinéma, qui ouvre un imaginaire nouveau.
Une fable sociale qui parvient à dresser le portrait d’un pays entier sur une période de 13 ans en une seule journée et depuis le point de vue d’une petite fille confrontée à la corruption d’un pays vicié. Et finalement, il évoque toutes les sociétés qui tombent encore aujourd’hui dans ce vice, cette perversion et cette corruption, mais sans misérabilisme ni auteurisme.
Autant une reconstitution historique précise qu’une fable initiatique touchante, c’est une œuvre dépaysante, qui résonne très fort socialement et politiquement, avec un ton doux-amer et beaucoup d’humanisme. Une vraie pépite.