Ce film est présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025.
Yuiga Danzuka a pensé ce premier long-métrage comme une analogie entre l'évolution d'une cellule familiale et celle de la capitale japonaise. Le point de départ ne s'est pourtant pas inscrit dans un cadre urbain, le cinéaste ayant été guidé par des visions très spécifiques :
"L'idée initiale était de raconter l'histoire d'une famille qui se reconstitue, à l'image de la ville de Tokyo et de ses transformations. Les premières images qui me sont venues à l'esprit étaient celles d'une aire de repos d'autoroute et d'un gîte, en été. J'avais l'intuition que le film devait commencer dans un lieu reculé, à l'écart de la ville."
Pour le personnage principal de Ren, le cinéaste n'a pas eu besoin de procéder à de longues auditions. Il a immédiatement su vers qui se tourner pour porter ce projet, privilégiant une connexion personnelle et une attitude en phase avec notre époque :
"Le casting pour le rôle de Ren était une évidence. Son interprète, Kodai Kurosaki, est un ami. Dès que je l'ai rencontré, j'ai eu le sentiment qu'il jouerait ce rôle un jour. Il apporte à l'écran quelque chose de moderne qui me semblait essentiel."
Le rôle du père de Ren a été confié à Kenichi Endo, un habitué des univers radicaux de Takeshi Kitano et Takashi Miike. Danzuka souhaitait cependant l'éloigner des figures purement autoritaires pour lui insuffler une dualité plus subtile : "Je voulais quelqu'un dont la masculinité est intériorisée - rude, mais toujours sympathique. Seul Endo était capable d'atteindre cet équilibre délicat, c'est pourquoi je lui ai proposé le rôle."
Bien qu'il dépeigne la jeunesse tokyoïte contemporaine, le réalisateur s'est inspiré de la mise en scène du cinéaste suédois Ruben Östlund. Il a particulièrement retenu de son œuvre une gestion très précise de l'inconfort et des non-dits :
"J'ai été fortement inspiré par Force Majeure de Ruben Östlund. Ce film reste l'un de mes préférés, pour l'équilibre fragile entre les personnages que je trouve palpitant. Les gens ne disent pas toujours ce qu'ils pensent. Ils hésitent à parler ou parlent contre leur gré. Cette tension est au cœur de ma façon d'écrire des dialogues."
La mise en scène accorde une importance monumentale aux décors, laissant les arrière-plans déborder sur les comédiens. Ce choix technique cherche à imposer un regard presque spirituel et extérieur sur le mouvement des personnages :
"Les personnages n'occupent souvent qu'une petite partie du cadre dans le plan - le reste est constitué de paysages urbains, d'architecture ou de nature. En donnant consciemment aux environnements et aux éléments de décors le même poids que les humains, une certaine perspective sacrée et "objective" a émergé."
Sur le plateau, Yuiga Danzuka a privilégié une méthode très vivante, refusant de figer définitivement le scénario avant d'observer ses comédiens. Il n'a ainsi pas hésité à élaguer son propre texte pour qu'il s'adapte au jeu :
"Au tournage, les dialogues peuvent toujours être réécrits, déplacés, voire supprimés si quelque chose ne fonctionne pas. J'ai abandonné certaines répliques qui me semblaient difficiles à prononcer. En fin de compte, c'est l'acteur qui donne vie au personnage et qui habite le rôle."