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Pascal
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3,5
Publiée le 4 mars 2026
Premier opus (1978) de Sumitra Peries, épouse du plus célèbre cinéaste Sri Lankais Lester , amateur de la cinématographie de Bresson, Ozu et du Renoir de " Le fleuve ".
Lester Peries a fréquemment rappelé qu'il entendait se démarquer du travail artistique de Satyajit Ray dont un regard occidental pourrait être tenté de le comparer.
J' ignore si son épouse s'associait aux goûts esthétiques de son mari, mais le style filmique de " Les filles " n' est pourtant pas sans m'avoir fait penser à celui du cinéaste Bengali que fut Ray.
Quoiqu'il en soit, " les filles " suit en noir et blanc, avec un sens remarquable de la mise en scène, le parcours sentimental et existentiel d'une adolescente issu d'un milieu modeste.
La délicatesse apparente du propos et du ton choisi par la cinéaste, laisse apparaître les traits de la violence psychologique des rapports sociaux et de classe.
L'amateur de la filmographie classique du sous continent indien ne le manquera pas. Difficilement visible, sa ressortie en salle est une aubaine !
Douceur et naturel accompagnent ce film qui pourrait paraître édulcoré et vieilli mais révèle un drame universel et cruel, celui causé par le risque d'une mésalliance et la défense du capital ) , tout cela malgré le cadre serein du bouddhisme au Sri Lanka. La grâce des dialogues, des gestes, des plans et d'une musique non invasive et ciselée se confrontent ainsi à la douleur violente et partiellement refoulée des amants.
Sumitra Peries la jeune cinéaste srilankaise signe son premier film, le premier aussi pour une femme dans ce pays où elle nous rappelle que l’émancipation féminine marque toujours le pas. Avec la complicité bien involontaire de certaines femmes marquées à jamais par une tradition religieuse à l’empreinte toujours très forte, et les relents d’un colonialisme qui aura notamment laissé le pouvoir aux hommes. Kusum endosse tout cet héritage en aidant beaucoup la famille de sa tante , afin de subvenir aux besoins de sa propre famille, bien endettée. Autour de trois garçons, elle est comme une sœur , voire la propre fille aux yeux de sa tante . Jusqu’au jour où les enfants grandissent et leurs relations également, rattrapées alors par la vieille histoire de leur pays, leurs vieux principes. C’est dans un noir et blanc doucereux, sans conflit extrême que Sumitra Peries soulève les embûches faites aux femmes pour s’émanciper. Elle y révèle une sensibilité extrême dans la peinture de la condition féminine au Sri Lanka. Wasanthi Chathurani (Kusum) joue elle aussi pour la première fois à l’écran . Il lui appartient totalement .
Toute la fraicheur du cinéma sri-lankais est présente dans ce splendide long-métrage. Les relations entre les différentes protagonistes du film sont finement dépeintes et il est évident que le regard de Sumitra Peries permet une perspective différente que celle présente, par exemple, dans les œuvres de son époux. L'inéluctabilité de la position sociale de l'héroïne est mise en évidence par la réalisatrice de façon subtile, servie par une remarquable interprète. Soulignons de même la qualité de la mise en scène et la beauté du noir et blanc qui captent - notamment - des gros plans de visages bouleversants.