L'histoire de Blue Heron, le premier long métrage de la cinéaste canado-hongroise Sophy Romvari, se révèle à la fois touchante, complexe et inconfortable. Le film interroge la mémoire, au sein d'un récit semi-autobiographique, et sa construction interroge entre le documentaire et la fiction, en mettant en première ligne la personne qui n'est pas centrale aux faits décrits, mais témoin, comme un double de la réalisatrice elle-même. Avec deux parties bien distinctes, mais qui reviennent clairement sur la même situation familiale, inextricable et dramatique, Blue Heron sème le trouble et pose des questions auxquelles personne n'a de réponse. La forme est délicate et contemplative une grande partie du temps, elle peut même être source d'ennui, tant le sujet n'est pas traité aussi frontalement que le cinéma nous a habitués à le faire. Cet adolescent au comportement erratique est un mystère, tant pour sa famille que pour la société et pour nous, spectateurs, confrontés à une histoire qui nous échappe un peu, faute d'avoir des éléments plus tangibles à considérer. Mais c'est ainsi, les souvenirs évoqués sont aussi empreints de pudeur, d'opacité et d'impressions furtives. Le drame, cette-fois, n'est pas vécu dans la peau du protagoniste principal, mais dans ses bouleversements contigus. C'est toute la richesse et aussi l'exigence d'un film que chacun ressentira avec ses propres expérience et sensibilité.